dimanche 10 mai 2015

Cueilleuse



Je m’étais rappelé l’amitié des abeilles. Je posais le bout des doigts à l’entrée de la ruche et elles montaient le long de mon bras, le recouvrant d’un manchon brun doré. Lorsqu’ensuite, doucement, je m’écartais, elles reprenaient leur activité et je raflais des grappes dans le groseillier voisin. Les baies acidulées éclataient contre mes papilles.
Mon enfance en galoches me rattrape à présent. Dans son tablier noir, elle écrit, sur le tableau du ciel, une histoire à rebours.
Le bras levé, geste en suspens, elle tient le chiffon prêt à tout effacer tandis que monte des champs une senteur éperdue, que le vent glisse sur nos roses et nos délires et que je porte en fredonnant mon panier de cueilleuse.
n.c.

6 commentaires:

VincentSteven a dit…

… Mais combien à butiner encore chez vous, ici, Noëlle ! … Et puis Louis Aragon a bien écrit 'Voltigent partout les groseilles…' !

Bonne journée à vous.

V.

r.t a dit…

Comme la sensualité était gourmande, violente, et comme le bras levé de l'enfance interroge toujours... et semble se souvenir aussi. .. de fruits peut être défendus

Noëlle Combet a dit…

Abeilles...groseilles...Hautes voltiges...aussi autour des fruits défendus ayant attiré ma gourmandise et ma sensualité, ce que le bras levé de l'enfance revendique et interroge en effet.
Merci pour ces lectures si justes, "proches".

jean-paul cassan a dit…

je viens d'y passer une bonne heure à goûter les mots, les phrases, les références. merci à vous

Noëlle Combet a dit…

Merci pour cette attention.

Luc Picard a dit…

L'émerveillement de l'enfant, l'éveil des sens, mais, la fuite du temps, comme vous le dites joliment!
Merci.
Luc