lundi 25 mai 2015

Phrase suspendue



Ce jour-là, quand elle entra dans la pièce, elle se trouva prise dans son regard. Ses yeux étaient fixés sur elle, intensément, et elle fut émue, en cet instant, par sa ressemblance avec une chouette hulotte.
Elle se demanda jusqu’où il la voyait, tentant de percer son obscurité.
Elle sentit une phrase monter en elle. Mais l’entendrait-il ? Il aurait fallu la murmurer presque silencieusement. C’était une phrase qui n’aurait pas supporté l’accentuation sonore. Alors les mots restèrent accrochés à ses lèvres, refusèrent de les quitter. Ils étaient bien, là, ils y resteraient, buissonnants,  jusqu’à y être encore maintenant ; elle ferma les yeux et son corps fondit dans la mémoire paisiblement mélancolique des étreintes profondes.
nc

3 commentaires:

r.t a dit…

C'est presque toute une vie suspendue là. Comment oser un commentaire... Tellement beau et précieux, que je songe à ces gouttes qui se forment, gonflent et demeurent suspendues à un point infime.

VincentSteven a dit…

Les Romains avaient une divinité pour ces circonstances : Angerona, la déesse du (religieux) silence.

Bonne journée, Noëlle.

Luc Picard a dit…

Point de phrase, un hululement silencieux peut-être?
Luc