jeudi 26 novembre 2015

Des raisons de la colère (version actualisée)



Dans les circonstances qui, actuellement, nous sidèrent, ce texte, que j’ai écrit en 2008, m’est revenu à l’esprit avec une telle insistance, que j’ai décidé de le rappeler en l’abrégeant pour n’en retenir que ce qui, à mes yeux, reste l’essentiel. C’est pourquoi je n’en reprendrai intégralement que l’introduction et ce qu’écrit Alessandro Barrico à propos de la guerre. J’essaierai de simplement résumer, afin de ne pas lasser mes lecteurs par trop de développements théoriques, les approches de la colère proposées par Peter Sloterdijk  et René Girard. J’inscrirai en italiques les idées qui me viendront au fur et à mesure de ce « raccommodage ».

Etat de guerre

Que la violence fasse rage depuis le second conflit mondial, a un caractère d’évidence et, même si cela ne nous convient guère, celui qui a donné au XXème  siècle sa langue, faisant passer ce siècle au suivant, est Céline. Voici ce qu’écrit à  son sujet Philippe Muray : « Il va se faire le transporteur d’une apothéose guerrière. Et le plus stupéfiant est que cette apothéose, où il a été du mauvais côté, du côté de ceux qui y auront incarné le Mal, il va pourtant, lui, Céline, être presque le seul à en écrire la langue. ». Ecoutons Céline lui- même dans « Nord » alors qu’il anticipe sur ce troisième conflit mondial dans lequel  nous nous trouvons désormais : « Grande révolution ! Vous savez ? La Peste est devenue toute petite…la Famine aussi…toute petite…la Mort, la Guerre, tout à fait énormes ! Plus les proportions de Dürer !...tout a changé… [… ]. Cette guerre sous Dürer serait terminée depuis deux ans. Celle-ci ne peut jamais finir. » Et puis : « Combat d’espèces implacables. Fourmis contre chenilles. Entreprise de mort. » La métaphore animalière met en relief  l’aspect grégaire, voire massif des mouvements sociaux contemporains, réalité à laquelle un autre écrivain : Paul Virilio, analysant « la ville en guerre » se montrera sensible, en particulier dans son ouvrage « Ville panique ».
Dans ce contexte, annoncé par Céline, trois auteurs aussi différents que  l’écrivain Alessandro Barrico (« Homère, Iliade », 2005),  le philosophe Peter Sloterdijk (« Colère et temps », 2006), et  l’anthropologue René Girard (« Achever Clausewitz » 2007) s’intéressent à la question des violences conflictuelles, arrimant leur pensée à Homère Hegel et Nietzsche entre autres, et ouvrant, chacun avec sa singularité, des pistes grâce auxquelles la réflexion peut s’exercer et survivre peut-être, à ces rages que, le plus souvent impuissants, nous voyons, de tous côtés exploser. Dans aucun de ces titres, le mot guerre n’est prononcé car les violences modernes ne rentrent plus dans cette catégorie, dans la mesure où, dérégulés, les conflits se démarquent désormais des guerres classiques qui obéissaient à un code. C’est pourquoi Barrico, dans sa « postille » indique que ce terme ne peut plus être utilisé que par « commodité ». (C’est pourquoi aussi, ces temps-ci la réitération obstinée de ce mot interroge et Giorgio Agamben, questionné récemment sur France Culture, soulignait l’abus de ce terme, posant la question : peut-on être en guerre contre le terrorisme qui n’est pas un adversaire bien défini ? Les avions de chasse, en  effet, pourraient-ils pulvériser une idéologie ?)
Peter Sloterdijk, dès le premier sous-titre de son introduction : « Le premier mot de l’Europe », annonce ce qu’il développe ensuite : tout a commencé par la colère d’Achille : « La colère  d’Achille, de ce fils de Pélée, chante-la-nous, Déesse ». Cette colère,  ce « thymos », et tout au long de son texte, il emploiera ce terme ainsi que l’adjectif « thymotique », qu’il en fait dériver, mène à la guerre, mais nous autres modernes, indique-t-il, ne pouvons pas concevoir la nature du « thymos » homérique : il est en effet valeureux, affirmation de dignité, énergie vitale. Comment  pourrions-nous ressentir cette sorte de joie qui irrigue la colère homérique ? Même si le récitant en souligne l’aspect néfaste, « colère détestable », dit-il, il en indique aussi, invoquant la Déesse, le caractère d’ « apparition » l’aspect quasi épiphanique. Il demande aux forces surnaturelles de « chanter » la colère, de la glorifier en quelque sorte.
Barrico, lui aussi, dès la première page, évoque ce « thymos » : « Tout commença par un jour de violence ». (Ici, la « colère » est devenue « violence »). Mais, ce propos, il le met dans la bouche d’une femme, Chryséis, enlevée lors d’un saccage de Thèbes, par les Grecs et attribuée, comme butin à Agamemnon. C’est le refus de ce dernier, de la rendre à son père, sauf si Achille, en contrepartie, lui cède sa captive Briséis, -ce que Achille fera, par souci de la dignité des Grecs-, qui déclenchera la seconde colère d’Achille et sa brouille avec Agamemnon. Que Barrico, en ouverture, donne la parole à une femme captive indique bien son projet d’une transcription renversée de l’« Iliade », nous verrons ultérieurement à quelle fin.
La violence, René Girard indique dans son introduction, que le livre qu’il lui consacre est « apocalyptique ». Après la lecture du traité « De la Guerre »,  de Carl Von Clausewitz (1780-1831), officier prussien qui a ressenti comme un désastre la défaite de Frédéric-Guillaume II à Iéna, et vécu dans la fascination exercée sur lui par Napoléon Bonaparte, Girard affirme que nous devons « changer notre interprétation des événements, cesser de penser en hommes des Lumières, envisager la radicalité de la violence et avec elle constituer un tout autre type de rationalité » ; c’est ce qu’il s’efforcera de faire au cours d’entretiens avec Benoît Chantre dans « Achever Clausewitz ». Ce titre suggère ce que Girard ne cessera ensuite de montrer et de mener jusqu’à des conséquences devant lesquelles Clausewitz a, selon lui, reculé : l’auteur de « De la guerre » a perçu combien les conflits et les relations humaines en général, fonctionnent selon un mécanisme  d’imitation, d’ « action réciproque », menant au duel et à la « montée des extrêmes ».

La colère selon Sloterdijk et Girard (résumé)

Le thymos, la colère, Sloterdijk voudrait qu’elle puisse être détricotée de l’éros, ce que ni la religion, ni la psychanalyse ne réalisent et il s’emploie à éclairer que, pris dans nos ornières conceptuelles, chrétiennes et psychanalytiques, nous ne sommes pas parvenus à ce détricotage.  Pour  le tenter, il revient aux figures hégéliennes du maître et de l’esclave  indiquant que la colère naît avant tout d’un désir d’être reconnu par un autre « doté de valeur » plutôt que d’une convoitise dirigée vers l’objet qui caractérise l’éros. Chemin faisant, d’un point de vue marqué par l’économie, il montre que la colère est manipulable, capitalisable, que les petits porteurs transforment leurs colères individuelles en actions centralisées dans une sorte de banque de la vengeance qu’ils chargent de les laver de leurs humiliations et de faire justice. Ces banques fonctionnent comme des « collecteurs de colère » et c’est avec cet outil conceptuel qu’il interroge l’Islam après avoir évoqué les « banques religieuses » et les « banques révolutionnaire » de la colère. Il questionne à propos de l’Islam (de façon qui paraît aujourd’hui prémonitoire) : «  L’Islam politique, -qu’il se présente ou non avec une composante terroriste- peut-il se déployer pour devenir une banque mondiale alternative de la colère ? Deviendra-t-il un centre de collecte des énergies antisystémiques ou postcapitalistes doté d’un pouvoir d’attraction global ? » (Espoir qui paraît fou aujourd’hui, mais ne le serait peut-être pas à long terme s’il « civilisait »  sa composante terroriste.) 

Pour René Girard, il s’agit, lisant Clausewitz contre Hegel, de montrer la supériorité théorique du premier. Il considère Clausewitz comme un théoricien de génie qui a su, dans sa douloureuse réflexion sur la bataille de Iéna, comprendre que le mimétisme, « l’action réciproque » d’où découlent le « duel » et la « montée aux extrêmes », s’impose, mécanique implacable, dans les liens humains ; mais, selon Girard, effrayé par ce qu’il découvre, Clausewitz s’est arrêté en chemin. Il s’agit donc de l’ « achever », et, dans cette perspective, de travailler sur la question de l’imitation. Selon lui, ce que voit Clausewitz et que ne voit pas Hegel, c’est que « l’oscillation des positions contraires devenues équivalentes peut très bien monter aux extrêmes » parce que, le désir du regard de l’autre tel que Hegel l’énonce « n’a que peu de  choses à voir  avec le désir  mimétique, qui est désir d’objet, désir de s’approprier ce que l’autre possède. » Pour Girard, donc, dans une approche de Hegel qui se différencie de celle de Sloterdijk, la colère reste liée à l’éros dans la mesure où le désir d’objet s’amalgame à celui de reconnaissance par un autre, (non plus parce qu’il est « doté de valeur », mais parce qu’il est en possession de l’objet convoité…ou que l’objet est convoité parce qu’il le possède)
L’on voit bien ce qui sépare les deux penseurs et que Sloterdijk résume en ces termes : « « Girard est un grand naturaliste de la fierté, mais il s’est laissé prendre par l’érotisme de la psychanalyse. Pour lui, la rivalité mimétique est un érotisme dégénéré, une expression du vouloir avoir, bref du péché originel. Dans sa conception de la psyché humaine, il n’y a pas de place pour la dynamique de la colère, du « thymos » grec, qu’il ne faut pas confondre avec le désir érotique. Il ne prend pas en compte cette bipolarité platonicienne entre érotisme et thymotisme. Or, même si toutes les questions sociales étaient résolues, la dimension de l’orgueil et de l’ambition demeurerait ». Pour Girard, il s’agit donc de dégager l’éros en tant que désir d’objet de ce que  Hegel a théorisé comme désir de reconnaissance et de considérer le premier comme moteur essentiel des actions humaines ; Sloterdijk opère la même distinction, mais pour donner l’avantage au thymos dont le désir de reconnaissance est la suite, d’où la colère de ceux qui, individuellement ou socialement -l’on pourrait ajouter mondialement-,se sentent humiliés.
Chacun des deux penseurs envisage une éventuelle sortie de la colère.
Pour Girard, penser autrement l’identité, c’est « la penser comme un mimétisme retourné, une imitation positive » mais « la mimesis paisible n’est rendue possible que dans le cadre d’une institution déjà établie, déjà fondée depuis longtemps : elle a comme base l’apprentissage et le maintien des codes culturels ». L’identification, dès lors, ne serait plus absolue, mais reconnue et partielle. Le cadre possible de ce renversement est, selon lui, à chercher du côté du christianisme, à l’opposé de la théorisation de la guerre élaborée par Clausewitz : « je doute, évidemment, qu’il y ait chez Clausewitz un appel du Royaume de Dieu, un dépassement de la haine pour Napoléon ». […] « Achever ce qu’il n’a fait qu’entrevoir, c’est retrouver ce qu’il y a de plus profond dans le christianisme ». Et, pour Girard, il y a lieu de reconnaître que nous ne sommes pas autonomes et que notre identité doit donc, pour ne pas entraîner de la violence, cesser de s’affirmer comme indépendante de l’autre. Cette question d une Identité pure et de ses liens avec la violence conduit à s’interroger sur  les excès de l’Islam dont Girard fait remarquer : « Il est  sourdement miné par le ressentiment. Il y reste un élément de cet archaïsme qui n’a pas été défait par le biblique et le christianisme. En ce sens, l’Islam fait plus que remplacer le communisme qui était déjà un succédané de religion sacrificielle ». Penseur de l’apocalypse, il balance, ainsi que le lui fait remarquer Benoît Chantre au cours de leurs entretiens entre le Chaos et le Royaume. Il faudrait, selon lui, se situer résolument après l’archaïsme religieux et entendre le message du Christ, du côté d’une réconciliation qui serait l’envers de la violence. Mais les hommes dit-il, restent sourds et il est donc improbable que cette réconciliation advienne. Il envisage donc l’apocalypse : « Le neuf absolu, c’est la Parousie, c'est-à-dire l’apocalypse. Le triomphe du Christ aura lieu dans un au-delà dont nous ne pouvons définir ni le lieu ni le temps. »  Il n’abdique pas pour autant toute espérance. « Mais celle-ci doit se mesurer à l’aune d’une alternative qui ne laisse d’autre possibilité que le destruction totale ou la réalisation du royaume ».
Peter Sloterdijk, constate que si la colère est loin d’être épuisée, ce qui arrive à son terme « c’est la constellation psychohistorique  de la pensée de la vengeance, rehaussée par la religion et la politique, qui a marqué l’espace processuel christo-socialo-communiste ».
Alors ? Il faudrait remplacer « cette figure toxique qu’est « l’humilité vengeresse » par une intelligence qui s’assure de nouveau de ses motifs thymotiques. »[…] « Les enjeux de ce programme de formation sont élevés. Il s’agit de la création d’un code of conduct pour des complexes culturels multiples ». Un équilibre est pour lui à maintenir par des relations de force à force. «  La grande politique ne se fait que sur le mode d’exercices d’équilibre […] Le mot exercice ne doit pas faire oublier que l’on s’exerce toujours en vue d’un danger réel pour éviter que le pire survienne. […]  Si les exercices vont bon train, il pourrait se constituer un set interculturel de disciplines de rigueur, que l’on pourrait, pour la première fois, qualifier d’une expression que l’on a jusqu’ici toujours employée trop tôt : « la civilisation mondiale ». 

Une autre voix : Alessandro Barrico

Je n’ai pas, dans cette deuxième version de mon texte, abordé la pensée de Barrico dans le même cadre que celle de Sloterdijk et Girard. Dans le contexte actuel, il m’a semblé important d’accorder une place singulière à son interprétation de « L’Iliade » et surtout à son analyse de la fascination exercée par la guerre.

 Dans la postille de son «  Homère, Iliade », il justifie son travail de transcription : « Ce ne sont pas n’importe quelles années, les années où nous sommes pour lire l’ « Iliade ». Ou pour la « réécrire » comme je me suis trouvé à le faire. Ce sont des années de guerre » ; et il complète après avoir énoncé que le mot « guerre », même s’il est devenu erroné, sera conservé par commodité : « ce sont en tout cas des années où une certaine barbarie orgueilleuse, liée pendant des millénaires à l’expérience de la guerre, est redevenue une expérience quotidienne. » Il dégage ensuite, dans l’œuvre une sorte de seconde « Iliade », entre les lignes de la première. L’on peut y discerner « la force, la compassion, même, avec laquelle sont rapportées les raisons des vaincus. », ce qui fait signe d’un « amour obstiné pour la paix. Au premier regard, tu ne le vois pas, l’éclat des armes et des héros t’aveugle. Mais dans la pénombre de la réflexion apparaît une « Iliade » à laquelle tu ne t’attendais pas. Je veux dire : le côté féminin de l’« Iliade ». Ce sont souvent les femmes qui énoncent, de façon directe, le désir de paix ». L’on comprend maintenant pourquoi c’est une femme, Chryséis », qui ouvre le récit de Barrico qui poursuit : « C’est par leur voix qu’on le comprend, ce côté féminin de l’ « Iliade » : mais quand on l’a compris, on le retrouve, ensuite, partout. Nuancé, imperceptible, mais incroyablement tenace. Je le perçois très fort dans les innombrables sections de l’ « Iliade » où les héros, au lieu de combattre, parlent. Ce sont des assemblées sans fin, des discussions interminables, et on ne cesse de les exécrer que lorsqu’on commence à les prendre pour ce qu’elles sont, en fait : un moyen pour eux de reporter la bataille le plus possible. » Il y a selon Barrico, dans cette épopée, l’intuition d’une civilisation dont le ressort ne serait pas la guerre et donc « amener cette intuition à se réaliser, c’est peut-être ce qui nous est proposé par l’ « Iliade » en héritage ».
Comment y parvenir ?
Après avoir montré que cette histoire présente la guerre comme un « débouché quasi naturel de la cohésion sociale » (et en cela, il se rapproche des points de vue de Sloterdijk et Girard),  il ajoute : « Mais elle ne fait pas que cela : elle fait autre chose de bien plus important et, d’une certaine manière, insupportable : elle chante la beauté de la guerre et elle la chante avec une force et une passion inoubliables ». Voilà qui nous ramène à la fascination exercée sur Clausewitz par Napoléon et ses victorieuses campagnes…mais pas seulement sur Clausewitz. Il n’est que de se remémorer les nombreuses fresques cinématographiques consacrées à l’empereur et, en ce qui concerne l’esthétisation de la guerre, les films cultes comme « Un long dimanche de fiançailles» ou, sur fond de musique classique « Apocalypse now ».
Alors ?
Ce que suggère peut-être l’ « Iliade », c’est qu’aucun pacifisme aujourd’hui ne doit oublier ou nier cette beauté. […]   Aussi atroce que cela paraisse, il est nécessaire de se rappeler que la guerre est un enfer, oui : mais beau. Depuis toujours, les hommes s’y jettent comme des phalènes attirées par la lumière mortelle du feu. Aucune peur, aucune horreur de soi n’a pu les tenir éloignés des flammes : parce qu’ils y ont trouvé la seule possibilité de racheter la pénombre de la vie. Aussi la tâche d’un vrai  pacifisme, aujourd’hui, devrait être non tant de diaboliser la guerre à l’extrême, que de comprendre que c’est uniquement quand nous serons capables d’une autre beauté que nous pourrons nous passer de celle que la guerre depuis toujours,  nous offre. Construire une autre beauté, c’est peut-être la seule voie vers une paix vraie. […] Donner un sens fort, aux choses, sans devoir les amener sous la lumière aveuglante de la mort. Pouvoir changer notre propre destin sans devoir nous emparer de celui d’un autre ; réussir à mettre en mouvement l’argent et la richesse sans recourir à la violence ; trouver une dimension éthique, y compris très haute sans devoir aller la chercher dans les marges de la mort ; nous confronter à nous-mêmes dans l’intensité d’un lieu et d’un moment qui ne soit pas une tranchée ; connaître l’émotion, même la plus vertigineuse, sans devoir recourir au dopage de la guerre ou à la méthadone des petites violences quotidiennes. Une autre beauté » Et Barrico termine son œuvre dans la perspective que nous réussirons un jour à soustraire Achille à une guerre meurtrière. « Et ce ne sera pas la peur ou l’horreur qui le ramèneront chez lui. Ce sera une certaine beauté, une beauté différente, infiniment plus douce ».

Trois penseurs nous ouvrent  donc des chemins de réflexion. Le troisième est aussi un écrivain auteur de textes magnifiques comme « Océan mer » ou « Novecento pianiste », par exemple. Pour lui, l’objectif est d’inscrire une beauté fascinante dans une dimension éthique élevée, source d’émotions éventuellement vertigineuses, beauté nouvelle qui manque cruellement à ceux que le Djihad, par conséquent, attrape dans ses ensorcelants filets. Méditons cela en ces temps où les multiples appels aux « valeurs » pourraient bien n’être que le rappel de valeurs rétrogrades reconduisant aux guerres. Cela donne à penser que les images médiatiques récurrentes des chorégraphies d’entraînement de l’ « Etat islamique », les postures héroïques de ses archanges de la mort, en principe destinées à susciter l’effroi, pourraient bien exercer une sorte de « charme ». De même tous ces gros plans sur l’attirail de guerre  des occidentaux : avions de chasse, armes, camions, bombardements etc. (et l’on ne peut excepter le recours à divers signes de patriotisme, actuellement très présents)), peuvent être autant d’appels à un éveil belliciste. Difficile, là, de distinguer l’indispensable du toxique.
Prêtons l’oreille, pour ne pas succomber à la désolation, en ces « temps de détresse » qui rendent indispensable la poésie alors qu’on condamne à mort en Arabie saoudite un poète palestinien pour des propos hostiles à Dieu et au royaume, oui, prêtons l’oreille, obstinément, pour ne pas perdre courage, à toutes ces petites voix porteuses d’espoir du côté d’initiatives associatives nouvelles comme du côté de l’art et de la beauté.
nc



 




4 commentaires:

Luc a dit…

Oui, la poésie nous soigne en ces jours douloureux, mais, pour gagner, nous aurions besoin d'une aide, d'un leurre, d'un Cheval de Troie, mais peut-on obtenir une victoire contre une idéologie ?

Noëlle Combet a dit…

Oui, Luc. La victoire contre une idéologie ne peut s'obtenir,à mes yeux, ni par les armes ni par une quelconque ruse tactique même s'il est nécessaire d'en combattre le bras armé.Ce n'est que par un lent travail de terrain, beaucoup de patience, et en faisant de la beauté et de la vie des causes majeures qu'un jour peut-être...

r.t a dit…

Merci. Je vous ai suivie avec grand intérêt. Et vous n'êtes pas une "petite" voix !
Pour n'en donner qu'un exemple : sur les charmes ostentatoires de l'attirail de guerre (et c'est une image générique de la violence) vous dites des choses fortes et absolument indispensables à faire entendre aujourd'hui.

Noëlle Combet a dit…

René, je me sens honteuse dans la mesure où je me vis plutôt comme un "petite voix", comme on dit une "petite main". Ma pensée, mon écriture se veulent d'un humble artisanat. Mais ces questions sont fortes pour moi : je suis marquée par la seconde guerre mondiale et ai souvent réfléchi à l'impact des grandes messes hitlériennes.
Quoiqu’il en soit, je ressens toujours un grand plaisir à votre réceptivité Et nos échanges me sont d'une grande importance