mardi 10 novembre 2015

Irremplaçable Cynthia Fleury



A lire  « les Irremplaçables », je me suis très vite approprié l’idée qu’y déroule Cynthia Fleury. Selon elle chacun de nous, chaque individu, est indispensable à l’existence d’un Etat de droit, qui ne serait rien sans cette irremplaçabilité. Etat de droit est ici un autre nom d’une véritable démocratie, loin des simulacres.

Indiquant que l’individu est au carrefour de l’individualisme et de l’individuation, elle différencie les deux voies qui s’ouvrent à lui et fait de l’individualisme une individuation « abâtardie ».
Notons que Cynthia Fleury a préféré le terme d’individuation à celui de subjectivation plus approprié à un champ psycho philosophique. Individuation s’adapte mieux au domaine social car il inclut la notion de collectivité. En effet, l’individuation est, par essence relationnelle. Ce terme, d’autre part, permet le regard sur l’individualisme dont il se différencie.
L’individualisme, maintient l’individu dans l’illusion que son autonomie peut se réaliser sans la « production qualitative » des liens sociaux ou qu’il peut les instrumentaliser dans son seul intérêt.
Si l’individualisme prédomine, c’est  au risque d’une atomisation, d’un repli sur soi, d’un danger, dans la mesure où l’individu se sépare du citoyen. Cette illusion caractérise le XXème siècle.
Sans doute aujourd’hui, la société des individus refait-elle lien avec la notion collective, dans la mesure où elle comprend « comment une qualité d’individuation nécessite un apport collectif et où, pour la première fois également, le collectif, voire l’Etat de droit comprend la valeur de l’individuation et son rôle protecteur envers sa propre durabilité »
Vision optimiste sans doute, regard bienveillant sur notre évolution, et qui rappelle Georges Simondon,  sa théorie de l’inter-individuation selon laquelle nous ne nous individuons que les uns par les autres ou Annie Ernaux qui écrit :"L’intime est encore et toujours du social, parce qu'un moi pur, où les autres, les lois, l'histoire, ne seraient pas présents est inconcevable" (« L'écriture comme un couteau »). Freud n’écrivait-il pas déjà au tout début de « Psychologie collective et analyse du moi » : «  L'opposition entre la psychologie individuelle et la psychologie sociale ou collective, qui peut, à première vue, paraître très profonde, perd beaucoup de son acuité lorsqu’on l’examine de plus près. Sans doute, la première a pour objet l’individu et recherche les moyens dont il se sert et les voies qu’il suit pour obtenir la satisfaction de ses besoins, mais, dans cette recherche, elle ne réussit que rarement, et dans des cas tout à fait exceptionnels, à faire abstraction des rapports qui existent entre l’individu et ses semblables. C’est qu’autrui joue toujours dans la vie de l’individu le rôle d’un modèle, d’un objet, d’un associé ou d’un adversaire et la psychologie individuelle se présente dès le début comme étant en même temps, par un certain côté, une psychologie sociale, dans le sens élargi et pleinement justifié du mot » ?
Pour Cynthia Fleury, c’est l’individuation qui fait l’irremplaçabilité de chacun et sa contribution à l’existence et la longévité d’un Etat de droit. : « Nous ne sommes pas remplaçables. L’Etat de droit n’est rien sans l’irremplaçabilité des individus. L’enjeu est ici de comprendre comment l’individu, si décrié, protège la démocratie contre ses dérives entropiques. Faut-il encore comprendre ce que signifie « individu ». En fait, c’est la qualité du processus de subjectivation, l’individuation, et non l’individualisme qui protège la durabilité de la démocratie »
Mais quelles sont les voies qui permettent plus précisément de parvenir à l’individuation et en quoi cette individuation permet-elle de tenir tête au ou aux pouvoir(s) ?

Pour dessiner la première voie d’accès à l’individuation, elle met en regard deux devises inscrites à l’entrée du temple de  Delphes : « Connais-toi toi-même » (gnôthi seauton) et « Rien de trop » (Mêden agan) Se connaître, c’est donc reconnaître ses limites, et éviter la démesure de toute posture où l’on ferait mise en scène de soi et de son savoir. Objectif difficilement atteignable mais vers lequel on peut, tout au moins tendre de façon asymptotique, et qui peut faire partie de nos intentions, de nos «  tensions vers », donc en effet, d’un travail sur soi.
La seconde voie est celle de l’imagination (imaginatio vera), en tant qu’ouverture à la connaissance intuitive, capacité à dépasser les frontières, dans une itinérance à travers les mondes. Elle évoque l’imagination vraie en tant que mode de perception, de connaissance, d’accueil. Elle cite sur ce point Jankélévitch : «Ne manquez pas votre unique matinée de printemps ». Elle oppose cette imagination vraie au fantasme et à la nostalgie en tant que ces derniers empêcheraient l’individuation et je ressens sur ces points une réserve importante car sans fantasme pas de désir et inversement ; sans nostalgie, pas de mémoire ; désir, nostalgie, nourrissent notre champ,  intérieur ou exprimé, qui ne s’oppose pas à l’individuation. Et à lire Jankélévitch, qu’elle cite, à propos du printemps, l’on voit bien comment une relative mélancolie a contribué à l’individuation du philosophe. Dans ses écrits, Jankélévitch, auteur de « L’irréversible de la nostalgie » ne dissocie pas (je crois que c’est dans cet ouvrage), réminiscence et mélancolie pour désigner un affect à la fois très intense et quasi inexprimable. Même si Le verbe peut faire défaut,  ce sont des moments qui rendent la vie intensément vivante en ce que l’on y sent souterrainement à  l’œuvre un secret essentiel. A éviter fantasme et nostalgie, on croirait éviter ce champ du Réel tel que l’a théorisé Lacan comme champ de l’Impossible. Elle parle quant à elle de nécessaire « appétence du Réel » qu’elle écrit ici avec une majuscule, se référant par conséquent à Lacan. Or, elle le rabat, me semble-t-il, sur la réalité.  Le Réel, n’est pas, chez Lacan, l’impossible dessiné par les limites, mais l’Impossible en tant qu’il nous tombe dessus, comme un tsunami par exemple. Les « effets de Réel » désignent souvent, chez Lacan, l’horreur, la découverte que fait Œdipe par exemple, du meurtre et de l’inceste qu’il a commis quasi à son insu. Alors, « appétence du Réel » ?
Mais nous sommes tous constitués par une histoire et j’ai entendu Cynthia Fleury dire lors d’une interview, qu’elle ne connaissait pas la nostalgie.

La troisième voie de l’individuation est pour elle, le  prix de la douleur (pretium doloris), le prix à payer pour accéder à sa vérité et elle évoque ici Socrate qui à préféré la mort à un reniement de soi. Elle évoque alors le Réel, à la manière de Lacan comme un éventuel choc, mais de façon un peu amortie : « se tenir face au Réel, faire l’épreuve de sa prééminence, si ce n’est celle de son fracas ». Elle revient par la suite sur ce Réel à plusieurs reprises mais son approche m’a semblé un peu erratique.
Sur la question de la douleur, elle rappelle le « principe d’inquiétude permanente au cœur de l’existence », à la façon dont Foucault en parle dans « L’Herméneutique du sujet » ; puis elle  l’associe au « service de la vérité » nietzschéen, qui réduit à néant les illusions et relève de cette adhésion que représente l’ « amor fati », douloureux, nécessairement douloureux.

La quatrième voie est celle de la force comique (vis comica) en tant qu’elle permet l’écart, le pas de côté, par rapport à une émotion. Mais le comique ne risque-t-il pas alors d’en être le masque, l’évasion, et de conduire à une dés- individuation en tant que désaffection (un déni des affects) par rapport à sa propre sensibilité ?
Bien sûr, cette force comique permet de combattre la tyrannie par le rire comme l’illustre « Le Dictateur » de Charlie Chaplin ; mais dès que le rire s’éloigne d’une intention libératrice, il peut se pervertir quand, partagé, et Cynthia Fleury le constate aussi, il vise « la stigmatisation d’un autre » et « flirte de trop près avec la vexation ». Ma réserve est importante sur cette question car on voit le rire devenir à son tour tyrannique dans l’injonction à rire toujours de tout qui caractérise notre époque : un rire en tant qu’objectif à part entière ce que, interrogée dans un entretien elle a défini comme « rire totalitaire ».

Je passe par-dessus bien des points essentiels de cet ouvrage, quand  son auteur évoque, entre autres l’absence de pensée à notre époque. Ma lecture « à sauts et gambades », me fait privilégier, outre les voies menant à l’individuation, le point selon lequel celle-ci, toujours relationnelle nous rend irremplaçables à l’existence d’un Etat de droit, en ce qu’il nous fait aptes  à nous dés assujettir de ces pouvoirs qui nous étouffent et au pire, nous suppriment, au moins symboliquement mais parfois aussi réellement.
Pour désigner ces pouvoirs, elle les ramasse dans une formule intéressante, « le Noms des Pairs » qu’elle présente comme renversement pervers du signifiant lacanien « Le Nom du Père » pour désigner la loi. Ce qui m’a amusée c’est  que ce « Nom des Pairs » sévit souvent avec une particulière  « frérocité » dans les groupes mêmes et chapelles qui se sont autorisés du « Nom du père ». Dès lors, ce champ n’échappe pas à ce « Pouvoir » dé-subjectivant qu’elle dénonce. J’écrirai dans cette partie « Pouvoir » avec des guillemets pour désigner ce qui n’existe pas en soi mais sous la forme du « Nom des Pairs » c'est-à-dire tout ce qui nous assujettit de façon diverse (normes, contrôles, surveillance, évaluations, licenciements, formatage au moyen d’images essentiellement télévisées, marketing etc.)
Son analyse du « Pouvoir » à la manœuvre dans les institutions, les normes, et les politiques, est particulièrement intéressante. Le « Pouvoir », dit-elle, cherche à nous maintenir dans un état de minorité car l’objectif des systèmes modernes est de rendre chacun productif et consommateur,  donc d’éviter que l’on puisse penser, ce qui se fait par l’intermédiaire d’une captation de notre attention  et d’une monopolisation de notre  temps. A cette fin, le temps pour soi, condition de la liberté est confisqué. Interrogée sur ce point publiquement, elle s’est élevée contre le fait que les normes tendent à considérer et nous faire considérer le temps, le retrait et le silence come des utopies. Or ce temps est aussi celui où l’on parle, où l’on échange. Il implique donc le langage auquel on fera aussi subir des saignées, en le  simplifiant, en l’amputant dans les abréviations, en le déconstruisant en novlangue qui masque la violence et le secret du « Pouvoir ». Sur ce point, l’auteur cite un extrait de Lewis Carroll : « Lorsque moi j’emploie un mot, dit Heumpty Dempty[…],  il signifie exactement ce qu’il me plaît qu’il signifie…Ni plus ni moins –La question, dit Alice, est de savoir si vous avez le pouvoir de faire que les mots signifient autre chose que ce qu’ils veulent dire.-La question, riposta Heumpty Deumpty, est de savoir qui est le maître… »
On ne saurait mieux dire la vérité de l’origine du « Pouvoir » : il ne se fonde pas sur la pensée et le langage ; il est ce qui les façonne voire les violente.
Il existe pourtant une langue hors pouvoir et c’est la littérature qui nous l’offre. C’est ce qu’énonce pour sa part Georges Steiner cité par Cynthia Fleury : « C’est parce que nous pouvons raconter des histoires, fictives ou mathématico-cosmologiques, à propos d’un univers de plusieurs milliards d’années ;c’est parce que nous pouvons…conceptualiser le lundi matin après notre crémation ; c’est parce que ces phrases avec des « si », peuvent,  prononcées selon notre volonté, nier, reconstruire, changer le passé, le présent et l’avenir, cartographiant autrement les déterminants de la réalité pragmatique, que l’expérience continue à valoir la peine d’être faite. L’espoir réside dans la grammaire »
Le déni de la grammaire et du poids des mots que l’on utilise conduit par conséquent à une dé-subjectivation et c’est bien le risque que nous fait courir l’époque actuelle qui nous matraque d’images, de slogans, et de termes pervertis (« restructuration » occulte « licenciements » ; le « réchauffement climatique » devient « changement climatique » dans la bouche d’un homme de droite aux USA… Les exemples fourmillent !)
La dé-verbalisation  mène à une dés-individuation. « Misère symbolique » dirait Bernard Stiegler, prolétarisation qui est un autre nom de la perte des savoirs, théorisée dès Engels et Marx, loin d’une prolétarisation confondue avec la désignation d’une  classe sociale même si c’est cette classe que le « Pouvoir » a voulu prolétariser. Nous manquons de plus en plus de vocabulaire et de temps pour l’acquérir or plus le nombre de mots diminue, plus se réduit le nombre de concepts avec lesquels il est possible de réfléchir. La simplification lexicale et syntaxique nous rend dépendants, nous maintient en état de minorité et peut nous exclure de l’espace public, là où l’opposition peut s’exprimer et l’expérience privée se légitimer.
En situation de domination, les opprimés, au mieux s’adaptent et dissimulent ce qui est une forme de mise en échec de la domination, au pire, subissent une souffrance existentielle. Pensons à l’ouvrage de Christophe Dejours « Souffrance en France ».

Sortir de l’assujettissement, c’est avoir ce « souci de soi » et des autres tel que le théorise Foucault ; c’est donc avoir conscience de son irremplaçabilité  car l’individuation, sa force, ne peut être corrompue par le «  Pouvoir » ; et cette force mène à ne croire ni les normes, ni aucun statut.
Ceci implique, selon Cynthia Fleury de légitimer, pour chacun, sa part indisciplinable qui permet d’échapper à l’extension de la surveillance et du contrôle, de dénoncer l’abus de l’évaluation et de « mettre à nu le mensonge de la fondation du pouvoir ».
Cesser de croire en son irremplaçabilité, serait consentir à devenir chaînon, simple rouage, c'est-à-dire ne plus croire en sa liberté de penser et d’agir. Cynthia Fleury cite, sur ce point, un extrait de l’ouvrage de Hannah Arendt « Responsabilité et jugement » : « Quand on décrit un système politique-à savoir comment il fonctionne, quelles sont les relations entre les différentes branches du gouvernement, comment fonctionnent les grosses machineries bureaucratiques et leurs chaînes de commandement et comment le civil, le militaire et les forces de police sont connectés […], il est inévitable que nous parlions de toutes les personnes utilisées par le système en terme de rouages qui font tourner l’administration. Chaque rouage, c'est-à-dire chaque personne doit être remplaçable sans qu’il soit besoin de changer le système, ce qui est le présupposé sous-jacent à toutes les bureaucraties, à tous les services publics et à toutes les fonctions proprement dites ». Être un rouage, c’est ce qu’a accepté Eichmann et aussi Eatherly, pilote qui a conduit la mission de la bombe A sur Hiroshima. Mais ce dernier, conscient de l’horreur, a refusé d’être traité en héros et a été considéré comme fou et interné pour cette raison.
Accepter d’être un rouage, conduit selon l’auteur aux pathologies ordinaires et/ou à une psychotisation que l’on voit à l’œuvre dans nos sociétés et auxquelles tente de faire brèche, entre autres, la psychanalyse.

Cynthia Fleury conclut sur le rôle de l’éducation dans le façonnement de notre irremplaçabilité. De la part des parents d’abord, de l’école ensuite, des sources de notre évolution, dans une continuité, enfin.
A ces différents stades, ce n’est pas la connaissance, la performance ou la quête de profits qui devraient être privilégiées mais la recherche d’une inter-individuation nous permettant de ne pas nous asservir aux contrôles et manipulations qui caractérisent notre époque. Dans  une indiscipline  ainsi revendiquée et exercée, nous contribuerions à un progrès démocratique : « Construire l’individuation, c’est prendre conscience de la signification de l’indisciplinable, comprendre de quoi il est gros, à savoir la capacité de mettre à nu le mensonge de la fondation du pouvoir. Cet indisciplinable n’est nullement antinomique de la reconnaissance de la transmission. Il ne s’oppose nullement non plus à la discipline dont chacun a besoin pour grandir et faire vivre de façon indisciplinable. En revanche, ce dernier est la trace vivace de l’irréductible soi, une sève propre » […].
Cet indisciplinable j’en apprécie la définition, ici, comme de notre noyau de vie.

J’ai adhéré à bien des approches de Cynthia Fleury et en particulier ce qu’elle théorise de l’irremplaçabilité et de cette indiscipline qui y contribue. En cela, cet ouvrage me paraît précieux. Je ne peux me défendre pourtant d’une réserve concernant ce qui m’apparaît parfois comme approximatif, et parfois comme un chouïa docte et moralisateur.
Mais il y a, pour ne s’attacher qu’au meilleur, beaucoup à glaner dans cet ouvrage pour étoffer la gerbe de notre individuation telle qu’elle se tresse en nous avec nos liens amicaux, amoureux et sociaux, liens qui, nous vivifient en ce que nous y sommes irremplaçables mais aussi en ce qu’ils le sont pour nous, une inter-irremplaçabilité en quelque sorte.
NC  

4 commentaires:

r.t a dit…

Merci de nous permettre de lire par-dessus votre épaule, sans façons, l'irremplaçable Cynthia Fleury, à laquelle vous décernez de façon si heureuse ce mot-trouvaille dont elle ne pensait sûrement pas se distinguer personnellement.
Vous la rendez présente telle qu'on la connaît, mais plus que cela vous nous donnez un avant-goût du copieux menu de son livre, en nous triant les morceaux par ordre d consistance ou de saveur.
Votre chaleureuse page me stimule, au point que je me prends à digresser joyeusement. Vos divergences avec votre auteur(e?) me font voir un dialogue littérature/philosophie (je ne dirai pas laquelle de vous va d'un côté ou de l'autre). En assumant mon simplisme (du moment), je glisserai que si la démarche philosophique s'efforce, à l'instar de la science d'être la plus universelle possible, la littéraire ne vise que sa singularité. Et cela me rappelle un poète dont j'étais entiché dans mon adolescence, qui s'appelait Adrian Miatlev, radical, forte tête, un peu voyou, chaleureux et passionné, je crois qu'on peut dire qu'il était au top de l'individuation, vivant à la Tour de Feu avec ses amis poètes (la revue de Pierre Boujut, que j'imaginais comme une sorte de société, certes pas un Etat, mais tout de même) et qui disait (Miatlev) : "J'ai horreur de parler une autre langue que la mienne !" et est-ce si éloigné des propos de Georges Steiner ?
Vous faites allusion à l'homme d'une autre tour et à ses gambades, assurément il n'était pas très philosophe mais il était déjà au top de l'individuation. Au fond, les philosophes ne seront pas les maîtres de la cité. Mais il me faudrait lire Cynthia Fleury, j'en ai sans doute déjà trop dit (ça c'est ma voie, non du comique, mais du jeu, ma préférée, peut-être...

Noëlle Combet a dit…

Merci pour ces lignes, si proches, et qui vont à l'essentiel, en particulier quant à cette articulation philosophie/littérature qui m'occupe et me préoccupe souvent...Vous savez bien vers où je penche, de sorte que je me détourne des philosophes de système avec une exception pour Spinoza, et peux m'emballer pour les philosophes écrivains, Montaigne, oui, et Jankélévitch et surtout Derrida...Mais je mets les écrivains et surtout les poètes encore plus haut. Je crois qu'ils "savent" quelque chose d'indéfinissable de plus, ce qu'ont du reste compris Freud ( avec Schnitzler) et Lacan(avec Duras)
Je ne connais pas Adrian Miatlev ni sa retraite à la Tour de Feu mais vous lire quant à son propos est un régal, comme toujours lorsque d' un texte s'échappe une étincelle de passion...et j'aime votre voie du jeu, plus du côté du witz que du comique.
Merci encore

Luc a dit…

Plus scientifique ( modeste ! ) que littéraire, je suis désolé de ne pouvoir commenter que d'une manière, disons cartésienne pour ne pas dire " terre-à-terre ".
Notre monde formaté, normalisé nous transforme en robots. Nous ne nous connaissons pas, nous n'avons que peu d'imagination, nous préférons le virtuel au réel et notre évasion...comique, comme le souligne Cynthia Fleury est le plus souvent "une stigmatisation d'un autre", une personnalité trop différente de "notre" ensemble.
Seuls quelques êtres différents peuvent tenter d'échapper à cette robotisation. Mais, peut-on s'y reconnaître ?.
Luc

Noëlle Combet a dit…

C'est la première fois, Luc, que je vous trouve trop pessimiste, vous habituellement si plein d'allant. Et pour moi, le virtuel ne s'oppose pas au réel. Il est un réel potentiel...