lundi 2 novembre 2015

Mystérieuse "nature"



Alors que je me promenais le samedi 31 octobre dans le village de Château Lévêque, en Dordogne, un arbre étrange, derrière le mur d’un parc attira mes regards : branches minces, irrégulières, échevelées, il portait des fruits dorés et granuleux qui faisaient penser au cerveau. Certains étaient tombés sur le mur et sur le sol.

J’en ramassai un; personne autour de moi ne sut l’identifier jusqu’à ce que ma belle-sœur, fine détective, pût m’en révéler la nature grâce à l’une de ses amies créatrice de jardins.

Il s’agissait d’un macula pomifera aussi nommé oranger des Osages, une tribu proche de celle des Sioux. Ils s’en peignaient le visage en jaune. Le fruit n’est comestible que pour une race particulière de chevaux.









Il me fut dès lors aisé d’en imaginer le trajet : un prélat hébergé au château du bourg avait été envoyé en mission évangélique aux Amériques. Il avait, lors s’une procession revêtu sa robe d’évêque et quelques graines du fruit, s’étaient logés dans les plis. Il replia soigneusement l’habit dans sa malle avant de revenir au pays. Lorsqu’il rejoignit le château où étaient hébergés les évêques, il déplia sa robe pour la suspendre. L’air s’empara des graines, les fit voler à l’extérieur, dans le parc dont elles ensemencèrent le sol.

Mystère et ironie des croisements ! Les Osages, influencés, manipulés, vinrent en retour coloniser notre sol, d’une façon très discrète au regard  de la conversion qui leur fut imposée. Ils nous firent parvenir en retour l’un de leurs dieux pacifiques, cet oranger des Osages au nom si aérien.

NC

8 commentaires:

VincentSteven a dit…

Jolie hypothèse ! Plus prosaïquement, en 1812, en l'introduisant en France, on pensait faire de l'arbre le même usage que le mûrier à soie dont le feuillage est proche. Les écureuils, les chevaux le consomment, comme le faisait le megatherium americanum (un ancêtre géant du paresseux) au pléistocène, et les Osages, sages, en faisaient une teinture, un maquillage rituel et des arcs (d'Indiens bien sûr) utilisant les qualités d'une sorte de latex qu'il recèle. N.B. : il ne s'agit pas ici d'un fruit mais d'une infrutescence.

Nous voici moins bêtes ! Bonne journée, Noëlle.

Noëlle Combet a dit…

Merci Vincent pour ces précisions. Votre érudition m'épate. Je savais juste qu'il était proche du mûrier et servait de maquillage...Mais mon petit récit m'a amusée!

Luc a dit…

Votre imagination n'a d'égale que la curiosité de cette...chose.

Noëlle Combet a dit…

Oui, Luc; mon imagination s'est développée beaucoup dès mon enfance avec, pour fonction, de me protéger des détresses objectives de la réalité...L'époque était semée d'embûches et mon contexte familial très "fragile". Alors, je m'en allais par la fenêtre à cheval sur un balai...sorcière, déjà!

r.t a dit…

Ce beau texte, pour moi, invite à voir la nature comme un grand chassé-croisé qui contient toute vie et auquel fait écho, tant par l'érudition que par l'imagination, celui du cerveau lui-même.

Luc a dit…

Sorcière ! Non, Noëlle, ne jouez pas avec ma naïveté, à la lecture de votre blog sur Médiapart, je ne vous imagine pas en sorcière, mais sans l'ombre d'un doute, plutôt en fée...très éclairée !

Noëlle Combet a dit…

C'est bien ce qui m'a retenue, René, dans cette "rencontre"inattendue, ce chassé-croisé et ces multiples formes, végétales, animales, humaines qui dans leur réalité et leurs échanges rendent consistante la complexité de ce qu'on appelle "nature"

Noëlle Combet a dit…

Alors disons "sorcière à demi" : je tiens à ma part irrationnelle et rebelle, celle des sorcières au moment de l'Inquisition où ce mot voulait masquer celui de "femme". Mais il est vrai aussi que quand l'entropie gagne notre époque, j'ai besoin, par ma pensée, de tenter de favoriser de la néguentropie.