mardi 29 décembre 2015

Jours-sans-rien



Jours-sans-rien …Se dessinent tous les traits minuscules de la vie, à côté desquels, négligente, je pourrais bien passer, poussée par une urgence supposée.
J’y croise la fine odeur du café qui vient à ma rencontre à une heure douce du matin,  les couleurs contrastées des cyclamens, dans la jardinière, à la fenêtre. Ils composent avec le feuillage des micocouliers, au-dehors, s’en font un rideau mouvant qui rythme leur danse au gré du vent.
J’ai déposé dans un coin, pour l’heure, les désastres humains. Je veux aujourd’hui, jour-sans-rien, goûter l’amour de « mes autres »,  la part de beauté et de bonté du monde, visiter en moi mes réminiscences,  mes tableaux, mes musiques, mes poèmes.
Bientôt, ce sera aussi le sourire avenant d’un passant, la blague d’un commerçant voisin.
Et, au-dedans, s’enroule-déroule l’écheveau de mes pensées, de ma mémoire, déclinaison d’un passé devenu, se souvenant du futur, l’avenir du présent.
NC

lundi 14 décembre 2015

Assise dans l'oubli



Je me suis penchée, tendue,
ai saisi en moi, par poignées,
les mots qui bruissaient là en glouglous et grondements de cascade,
me suis cambrée, et de la poussée de mes bras,
les ai projetés à la volée très loin dans l’espace, hiéroglyphes protéiformes ;
ils se sont empluviosés aux gouttes de pluie à l’aplomb des nuages
se sont oragés aux fourches des éclairs,
se sont froissés aux soies du vent
et à celles du sanglier solitaire,
se ont éclatés de rire et sang aux aventures d’amour
ont hurlé à la mort, à la terreur des guerres,
aux ténébreux naufrages et temples écroulés,
se sont perlés aux bouches entr’ouvertes d’enfants,
ont sifflé à la faucille du paysan,
 se sont essoufflés aux ailes des roussettes pourchassées
ont dansé aux plis bleus des robes touaregs
se sont grègés, aveugles, aux sables du désert,
s’y sont perdus.

Alors j’ai pu demeurer là, chez moi, assise un temps dans l’oubli.
nc