lundi 16 mai 2016

Mots-abeilles



L’étole blanche constellée de mots-abeilles ;
ils vont et viennent, repartent,
reviennent, bourdonnent, insistent.
 L’enfant confié par sa mère à une embarcation aléatoire,
leur désarroi muet dans les yeux qui s’évitent
esquivant la souffrance ;
ton regard soucieux, inquiet du devenir du monde ;
sa marche, quand elle va, ombre parmi les ombres et  jusqu’aux yeux
de ténèbre vêtue ;
ma douleur aux mains griffant les murs ou barbelés infranchissables,
s’accrochant et avant de lâcher prise.

Vont et viennent mes abeilles faisant ruche fragile ;
bientôt,
elle se dispersera
au vent qui me traverse.
 Je ramène contre moi l’étole, recueille sa chaleur
 pour échapper au froid,
sensible en cet instant,
au chant d’un rossignol
diffusant dans l’espace
cristalline rosée qui éclaire la nuit.
 
nc

9 commentaires:

r.t a dit…

Vous voici donc, butinée par les mots-abeilles au sortir d'un rêve cruel, nous offrant à lire l'épreuve du jour naissant, ou peut-être même du fragile humain dans son naissain de parole.

VincentSteven a dit…

Il y a là, Noëlle, des mots-images qui viennent de très loin… et qui toujours nous répondent.

Belle journée à vous.

Noëlle Combet a dit…

Merci René : je ne sais si le rêve était cruel ni s'il y a ici renaissance du jour...Peut-être, pour reprendre ce qui m'est une évidence, ce partage que j'évoquais ailleurs entre la douleur humaine (les réfugiés, les séparations, la burka, l'avenir du monde...)et l'enveloppe réconfortante de la nature, de ma nature dans la nature en déséquilibre/équilibre avec ma nature en tant qu'appartenant à l'humaine nature,la collectivité humaine...Questions qui me travaillent et que j'aime quitter pour me laisser traverser par le souffle dans les arbres et le chant des oiseaux.

Noëlle Combet a dit…

Vincent, je vous retrouve là avec plaisir et je sais bien que ces "mots-images" vous répondent en ce qu'ils s'enracinent dans ce fond pré-originaire commun
(je veux dire d'avant notre propre origine et dont nous héritons).
Belle journée à vous aussi.

Luc a dit…

Votre poème m'inspire ces images poignantes, tragiques de l'immigration massive.

Noëlle Combet a dit…

Oui, ce sont de telles images qui,souvent me hantent, que la poésie me permet de partager, que le chant d'un rossignol me permet de supporter.

VincentSteven a dit…

Je conçois mal ce 'pré-originaire commun' mais je pense qu'il s'exprime symboliquement à travers ces 'mots-images' si bien cultivés mythiquement par nos civilisations-socle, et dont nous héritons : égyptienne, hébraïque, grecque notamment. Chaque époque les 'présentisant'. Assez étonnamment, actuellement je lis des choses comme ça chez Rilke (Les Carnets).

Noëlle Combet a dit…

Oui, c'est ce que vous appelez civilisations-socle que je ressens comme fond pré individuel hérité mais pour moi ce "fond" n'est pas que civilisationnel : il nous rejoint aussi à notre insu...C'est bien quelque chose comme ça que, je crois, Rilke a reçu et qu'il nous offre dans son ressenti de l'"Ouvert".

Noëlle Combet a dit…

Je me relis : j'aurais dû écrire "fonds" plutôt que "fond".