jeudi 25 août 2016

Un jour...en août...



Pour cet ami



Ne se connaissant pas, ils se seront reconnus devant ce bar où ils seront ensuite entrés. Ils sont grands. Il est frisé. Il a des traits fins que la longueur du trajet a quelque peu étirés. Elle a des rides. Le vent marin a hâlé sa peau. Ses cheveux blancs encadrent son visage. Ils sont vêtus de manière semblable, jean et  t shirt.
Auront-ils pu, échangeant pour la première fois devant un café, briser la coûte conventionnelle de ces banalités à travers lesquelles on se flaire : le temps, le lieu, la ville ? Ils se seront ensuite dirigés vers la place Saint-Michel, le quartier Maghrébin, en longeant les quais du fleuve, admirant au passage les places, les statues, les fontaines, le miroir d’eau, le pont.
 Un pont ? Comment le parfum sec du vent du sud se sera-t-il mêlé à leurs mots, s’y entretissant, les suggérant ? Comment s’y seront-ils abandonnés, trouvant parfois la voie de l’aimance, se heurtant d’autres fois à leurs dissonances quand émergerait ce roc de l’inaliénable en chacun ? Sans doute, se sera-t-elle dit, faut-il que deux êtres se sentent pour une part fermement architecturés pour ne pas s’enliser aux sables de l’autre ni se fasciner aux miroitements de l’infini, dans ce charme où le souffle chaud du vent faisant virevolter les paroles la plongeait par intermittences, la dissolvant.  
Auront-ils, sur la place, savouré un tajine ? Auront-ils préféré les produits frais de l’arrivage, sur le marché des Capucins ? Un instant très privilégié leur aura-t-il permis de goûter, sur un banc, sous un arbre, le silence…profond…de leur connivence ?
Ils se seront ensuite dirigés vers le quartier Saint- Pierre dans le vieux Bordeaux où les pavés ombreux auront patiné leurs propos. Il aura évoqué les Antilles dont le passé et le présent son indissolublement liés au tissu de cette ville. Elle aura dit sa crainte, née dans un climat d’extrême droite, de mourir bientôt dans le même contexte. Elle aura, sur ce point, rappelé l’idée de « l’éternel retour ». Il aura souri avec indulgence, un brin agacé. Il n’y croit pas. N’y a-t-il pas indéniablement, des éclats d’éternel retour dans le non retour, se sera-t-elle demandé ?
Ils auront dîné dans le restaurant grec derrière la basilique et ils auront évoqué ce pays, la gloire de l’Antiquité et le désastre de l’actualité.
Ils se seront séparés. Auront-ils résolu de se revoir le lendemain pour creuser un peu plus le sillon menant de l’un à l’autre ?
Ils auront  alors partagé un dernier déjeuner dans le restaurant-librairie « Les Mots bleus ». Ils se seront quittés, chacun protégeant tendrement dans la paume de sa mémoire ce fragile et heureux fragment du temps. Auront-ils, plus tard, ouvert les mains pour le regarder, ce bel instant, cet instant-là, rejoindre les oiseaux et les nuages ?
 NC

2 commentaires:

r.t a dit…

Quel beau récit de rencontre !
Il sonne comme la magie de l'improbable rencontre, dont vous disiez si justement que l'improbabilité est le signe d'une véritable rencontre.
Et pour emporter le tout, comme un vent du sud légèrement enivrant, cet art du futur antérieur !

Noëlle Combet a dit…

Oui, la rencontre...celle-là. Vous êtes en lien aussi avec un blog très apaisant qui porte ce nom : improbables rencontres.
J'ai à Paris une amie très chère qui me disait alors que nous partagions un café : je ressens cette rencontre comme improbable.Ces deux mots, déjà liés.
Merci René.