mercredi 16 novembre 2016

Sayin Asli Erdogan



Ce sont des sacs pesants d’où sortent des sanglots

On verrait, en sondant la mer qui les promène,

Se mouvoir dans leurs flancs comme une forme humaine…

La lune était sereine et jouait sur les flots. (Victor Hugo « Les Orientales »)



Aujourd’hui, j’ai écrit, au verso d’une image représentant un moineau posé sur le mur d’un « bâtiment de pierre », à ma sœur, qui souffre dans une prison d’Istanbul. Les imaginant trop bien, j’hésite à  me représenter  les épreuves qui la déchirent dans sa chair, dans ses sentiments, dans son combat. Mon message porté par un oiseau lui communiquera-t-il un peu de cette chaleur humaine dont j’aimerais la consoler dans une étreinte, en la berçant ? S’il l’atteint…S’il dépasse le plongeon roulé-boulé dans une poubelle.

Et hélas ! Qu’attendre d’un tyran qui méconnaît Shahrazade ? De ces tyrans qui ne cessent de mettre de nouvelles têtes quand on en a coupé une ? Que vaut à leurs yeux une femme qui consacre son écriture à la défense de la liberté ? Quoi  d’autre  qu’un danger qu’il leur faut l’écraser ? Et qu’y pouvons-nous sinon de petits gestes souvent inutiles quand les politiques résistent de toute leur mollesse, quand ne leur importe que d’exercer le pouvoir ?

Je me sens inutile malgré toutes les pétitions, revendications, et gestes infimes, que je suspecte parfois de ne servir que notre bonne conscience ou d’exorciser des conflits intimes… Inutile et saisie par la rage de ne pouvoir mieux  faire pour la liberté.

NC



Sayin Asli Erdogan

Bakirköy Kadin Kapeli Cezaevi C9 Koğuşu

Bakirköy ISTANBUL

Turquie

6 commentaires:

Luc a dit…

Liberté, liberté...
https://www.change.org/p/asl%C4%B1-erdo%C4%9Fan-derhal-serbest-b%C4%B1rak%C4%B1ls%C4%B1n-free-asli-erdogan

Bonjour Noëlle, libre comme l'oiseau.
Et espérons de même pour Asli Erdogan.

Belle journée à vous.

Noëlle Combet a dit…

Merci Luc. Pétition signée. Pour la liberté des moineaux et des humains. Belle journée à vous aussi et merci pour votre passage.

r.t a dit…

Multiplions les actions pour sa libération, les dénonciations du tyran. Certes c'est une action violente qu'il faudrait pour avoir une chance d'abattre ces murs. de stopper ces cruautés. Mais nous sommes bien élevés (par eux, ceux du pouvoir) bien soumis... nous aspirons à la tranquillité.

Noëlle Combet a dit…

Oui, bien sûr...multiplions les actions contre les oppressions! Je le répète avec un sourire, imaginant à l'arrière plan : "C'est le lutte finale"...Lutter contre l'oppression sur la scène intime du Surmoi comme sur la scène extime des engagements est ce à quoi j'ai consacré bien du temps et maintenant, sûr, j'aspire à la tranquillité sans pour autant me sentir soumise ni détachée du politique dont je m'informe constamment. Je me pose aussi un certain nombre de questions: une qui m'a un temps occupée dans le passé : "qu'est-ce qui fait donc courir les militants?" L'autre plus récente est : que peut-on faire contre les forces sociales qui s'exercent majoritairement? C'est bien plus l'évolution des mentalités qu'une révolution qui pourrait être modificatrice. Mais actuellement, partout, les mentalités régressent. Alors? N'oublions surtout pas de prendre plaisir à la vie. C'est aussi une forme de résistance à tout ce qui veut nous dominer ou nous convaincre absolument. Oui, nous sommes bien élevés et cet adjectif n'est pas sans lien avec une idée d'élévation au-dessus de soi-même.
Merci pour cet échange et bonne journée à vous.

r.t a dit…

Nous vivons dans un monde où la sociologie a donné existence aux "forces sociales", à l'opinion, aux mentalités,ces entités statistiques auxquelles nous croyons comme à des êtres. c'est cela la conformité, la peur du changement, l'immobilisme.
Élever c'est aussi le terme pour l’élevage. On disait, je crois,"élèves" pour les porcins...

Noëlle Combet a dit…

C'est Spinoza qui a donné existence aux forces sociales avec "l'effort pour persévérer dans son être" transposé de l'"Éthique" au "Traité théologico politique".Et Nietzsche après lui. La sociologie a ensuite récupéré cela (en particulier Lordon). Je n'ai aucune foi, pour ma part,en la sociologie et je ne crois ni aux entités statistiques,ni à l'immobilisme, considéré comme général,ni à la peur du changement,ni à l'action en tous sens, ni à qui veut faire triompher son point de vue. Ma vie m'a appris à me défier de toute injonction fût-ce la mieux intentionnée. Élever a de nombreux sens; on peut aussi élever des murs! Et pourquoi, au fait les porcins n'auraient-ils pas droit à être "bien" élevés? Ils sont si mignons, si nus, si humains!