dimanche 23 juillet 2017

Une pensée sylvestre



Le geste fondateur de Eduardo Kohn dans « Comment pensent les forêts » est d’ « ouvrir le symbolique »,  montrer que le langage est enchâssé dans des formes de représentations plus larges qui rendent possible une communication entre humains et vivants non humains. Une «  anthropologie au-delà de l’humain » peut naître à partir de ces formes de représentations qui à la fois englobent le langage, à la fois en représentent une extériorité. L’auteur emprunte à Peirce le terme de sémiose dont il se sert pour rendre compte des années qu’il a partagées avec les Runa d’Avila, population amérindienne quichuaphone de l’Amazonie équatorienne, expérience dont ce livre témoigne. Une sémiose, pour Peirce, est un ensemble signification-signe-contexte et la sémiologie est constituée de trois éléments : les icônes, les indices, les symboles. Les icônes partagent une ressemblance avec ce dont ils tiennent lieu. Ainsi, peut-on penser, si l’on veut trouver un exemple, que l’onomatopée « plouf » est l’icône d’un bruit  de plongeon. En tant qu’indice, ce qu’elle veut dire dépend du contexte : était-ce un homme, un poisson ?  Le langage pourra ensuite développer l’événement. La sémiose humaine est principalement centrée sur les signes langagiers. Or, pour l’auteur, les organismes non humains se servent d’icônes et d’indices pour se représenter le monde. Des formes de vie très différentes, que l’auteur nomme des « sois »,  peuvent alors communiquer et une relation inter espèces se produire.

 Eduardo Kohn se penche sur le vocable « tsupu » qui pourrait être en langue quichoua l’équivalent de l’onomatopée « plouf » dont je donnais ci- dessus l’exemple pour éclairer la valeur de l’icône selon Peirce. « Tsupu », dont  il faut  étirer  la syllabe finale est prononcé par Maxi, un habitant d’Avila pour évoquer le moment où il a fait feu sur un troupeau de pécaris. Les animaux, prenant peur, ont fui vers une rivière et là : « tsupu » ! pour évoquer un plongeon ou une  chute dans l’eau. « Tsupu » n’est pas un mot mais un signe (il représente quelque chose pour quelqu’un). Et c’est une icône dans la mesure où il y a analogie entre le signe et ce qu’il représente.
L’auteur prend ensuite un autre exemple : Hilario, autre habitant d’Avila, veut tirer sur un singe laineux réfugié dans la haute canopée d’un arbre. Pour faire se déplacer le singe vers un lieu plus accessible, Hilario abat un palmier proche. Au bruit de la chute de l’arbre (icône), le singe se représente un danger pour l’arbre sur lequel il est perché : l’icône est devenue indice pour le singe et il s’élance vers un autre arbre. Ce qui différencie cet exemple du précédent, c’est que celui pour qui le signe représente quelque chose, n’est pas humain.
L’auteur déduit de ces exemples que les signes sont beaucoup plus que des choses,  pas seulement des événements, des sons ou des mots. Ce sont des processus relationnels. Il précise  que la sémiose est le nom de « ce processus vivant de signe, par lequel une pensée en fait émerger une autre et ainsi de suite jusqu’à un futur potentiel » Ainsi est ouvert le champ du possible de la chute de l’arbre, au saut du singe et au tir de l’homme…
L’effet du signe, l’auteur le nomme, après Peirce, un interprétant. C’est pourquoi, écrit-il « les signes ne viennent pas de l’esprit, c’est plutôt le contraire » puisque le signe produit l’interprétant ; et il ajoute que quelqu’un, «  humain ou non humain, qui considère la chute du  palmier comme quelque chose de signifiant, est un « soi » d’où il forge le terme de « séité ». Les processus se déroulant entre les sois ouvrent à un futur absent mais représenté et influençant  le présent. Il reprend sur ce point l’idée  de Lao Tseu selon qui le trou du moyeu est ce qui rend la roue utile, ce que l’anthropologue Terrence Deacon reprendra dans la formulation « absence constitutive », absence d’un futur pas encore là. Ici la différence est flagrante entre nos modes de pensée coutumiers en lesquels l’absence est référée à un objet perdu et les conceptions taoïstes ou celles inscrites ici dans une anthropologie élargie où l’absence est celle d’un futur encore à venir pour un humain ou un vivant non humain.
Cette anthropologie qui va au-delà de l’humain s’intéresse donc à une sémiose en laquelle le symbolique ne se résume pas au seul signe langagier car  « les processus iconiques, indiciels et langagiers sont enchâssés les uns dans les autres. Les symboles dépendent des indices pour exister et les indices dépendent des icônes ». Cet entremêlement des icônes, indices, symboles m’était déjà apparu dans un autre contexte lorsque,  en avril 2017, dans un texte sur ce blog, « La lecture ; vide et images de l’espace potentiel » j’évoquais le vide potentiel comme lieu de l’incréé qui, maintenant, se met en résonnance avec la notion de « futur vivant » élaborée ici.
De ce tissage des signes,  découle que tous les êtres, non humains inclus, sont sémiotiques. La vie est sémiotique et la sémiose est vivante. Le monde est « animé » et « nous », humains, ne sommes donc pas le seul genre de « nous »
Nous sommes ici dans un cadre animiste mais Eduardo Kohn le distingue de ce qui en est actuellement théorisé, y compris par Philippe  Descola. Il prend, pour préciser, l’exemple du lien des Runas au jaguar. Pendant la chasse, la nuit, quand on dort, il faut se placer sur le dos car si le jaguar vient à passer, il verra le dormeur comme un être capable de lui retourner son regard, ce qui le distingue d’une proie à attaquer. Donc la manière dont les jaguars voient les hommes a de l’importance : être reconnu par un « soi » comme un autre « soi » et non comme de la viande. Dans ce processus, en quelque sorte, de prédateur à prédateur une communication trans-espèces  se produit dépassant les conceptions habituelles de l’animisme. Ce qui est saisi ici, c’est l’animation qui surgit avec la vie. « L’animisme runa prend racine dans le besoin d’interagir avec des « sois » sémiotiques, en tant que « soi », dans toute leur diversité. [Il] est fondé sur un fait ontologique : il existe d’autres « sois » pensants au-delà de l’humain ». Cet animisme est pragmatique : pour chasser, manger, il s’agit de s’impliquer intimement dans des interactions avec les autres êtres de la forêt, de « pénétrer cette vaste écologie des sois pour jouir de certaines de ses richesses ».
Ce qui fait, à mes yeux, la spécificité remarquable de cet ouvrage, c’est la façon dont l’auteur tisse ensemble, rapportant ses expériences, l’anthropologie, la philosophie et la poésie.
Quelque points, en particulier m’ont paru particulièrement révélateurs de ce tissage : la reprise de l’énigme œdipienne du point de vue du sphinx ; la conception de la mort, plus inquiétante en tant que centrale à la vie que dans sa réalité ;  les « pidgins trans-espèces » qui expliquent la façon dont les Runas considèrent leurs rêves, sortes de transhumances entre le monde humain, le monde animal et celui des esprits ;  le « futur vivant » tel qu’il est  lié au domaine des esprits. C’est avec ce « futur vivant » que le « vide potentiel » s’est mis en lien dans ma « cogitation »

Œdipe du point de vue du sphinx

Le possible regard retourné par un dormeur couché sur le dos, tel que, on l’a vu plus haut, le jaguar pourrait se le représenter, habille le jaguar d’étrangeté et il y a dans la forêt de nombreuses sortes de jaguars : des jaguars tachetés, des jaguars runas en lesquels se sont réincarnés des Runas, des jaguars pumas, souvent en costumes de blancs (comme les colons !) et qui sont les « esprits- maîtres » de l’animal. Le jaguar puma, l’auteur le qualifie de « sphinx amazonien »  ce qui le conduit à revisiter l’histoire d’Œdipe. L’énigme qui est proposée au héros légendaire vient de « quelque part », c'est-à-dire d’un lieu un peu décalé de l’humain, nous dit l’auteur. La question posée invite à penser en images : un être va matin, midi, soir sur quatre pattes, deux pattes, trois pattes. Cette question, dit l’auteur, est un reflet de sa réponse ; elle est donc iconique. L’auteur propose, pour bien comprendre, une équation mathématique : 2+2+2=6. Les termes de chaque côté du signe= sont iconiques l’un de l’autre mais apprendre à voir 6 comme trois fois deux projette sur 6 un éclairage nouveau. C’est pourquoi «  la question du sphinx en tant qu’icône nous incite à remarquer de nouvelles choses à propos de la réponse d’Œdipe : « l’humain ». A quatre pattes, nous partageons l’animalité avec d’autres êtres, et sommes au-delà de nos manières d’être dans le monde ; à midi, bipèdes, nous voila  pris dans une symbolique trop humaine avec ses critères moraux, linguistiques et socioculturels. Et le vieux et sa canne, soi et objet, peut s’envisager comme mortel/immortel dans ce temps suspendu, infini, auquel donne accès le grand âge. La canne représente une tercéité considérée par l’auteur comme qualité d’être « in futuro » ; « elle condense la logique de la continuité de la vie et le fait que cette continuité n’est rendue possible que par la place que ménage chacune de nos morts individuelles. L’image de s’éloigner en boitillant « de l’autre côté de l’horizon » contient également le « futur vivant ». Ainsi, penser en images, dans une sensibilité aux icones sème devant nos pas des indices, comme petits cailloux blancs dessinant une voie.  L’image de l’éloignement en direction de la mort m’a rappelé la dernière conférence  à laquelle j’ai assisté, de  J. B. Pontalis que j’apprécie beaucoup. Il s’était comme amenuisé, fragile, vacillant. Il avait parlé justement de la mort à venir et je me rappelle, le voyant s’éloigner, avoir dit à la personne à mes côtés : « regarde ! Il est déjà immortel ». Et, de fait, il devait rejoindre le monde de mes esprits-maîtres quelques mois plus tard.

Deux visages de la mort : dans la vie, puis après

Quant à la mort, ce n’est pas en tant que dernière étape de la vie qu’elle inquiète Eduardo Kohn, puisqu’elle ouvre à un « futur vivant » ; c’est plutôt le fait qu’elle soit inhérente à la vie. Ce fait illustre une « difficulté de la réalité » selon une formule empruntée par Eduardo Kohn à la philosophe Cora Diamond. La contradiction, dit-elle, développant sa formule, peut nous bouleverser, d’autant plus que s’y ajoute, difficulté supplémentaire, le fait que ces contradictions passent parfois, pour certains, complètement inaperçues, ce qui suscite un sentiment de disjonction. Pour les Runas, cette « difficulté de la réalité » provient de ce qu’il s’agit de se positionner comme « soi » face à d’autres « sois » qu’il faudra ensuite essayer de tuer. Mais aussi, selon Eduardo Kohn, c’est tout le cosmos qui résonne de ces contradictions. Est-ce pour les résoudre que l’Antiquité grecque attribuait aux animaux (et animus, le souffle ou anima, l’âme sont dans l’étymologie du mot),  une fonction de médiation entre les hommes et les dieux, ce dont le sacrifice d’un animal faisait signe, dans un rituel aux antipodes de l’abattage industriel qui caractérise notre époque, et plus proche, tout compte fait, des habitudes paysannes traditionnelles ou de la mise à mort sacralisée selon d’autres méthodes.
La mort, en tant qu’inquiétude, est ici envisagée telle qu’elle se manifeste dans la vie quotidienne, selon plusieurs modalités sur plusieurs échelles. On peut cesser d’être soi pour soi-même et les autres de multiples façons : « Il y a de multiples manières, écrit-il, d’être extirpé d’une relation et de multiples occasions où l’on affecte d’ignorer, voire où l’on tue une relation (c'est-à-dire que l’on met à mal une sémiose ; c’est moi qui précise). Il existe, en bref, de multiples modalités de désenchantement. Parfois, l’horreur de ce fait quotidien de notre existence fait intrusion dans nos vies devenant dès lors une difficulté de la réalité. Parfois il est simplement ignoré ». Ce constat touche particulièrement quand la cruauté relationnelle devient, à notre époque, une telle évidence éventuellement décuplée par les réseaux sociaux. La sémiose est alors saignée à blanc.
La difficulté de la mort n’est donc pas pour l’auteur la nécessité de quitter la vie, ultime étape, mais celle de la mise à mort des relations, donc de sémioses, au sein même de la vie.  Quant à la mort individuelle, celle d’un corps, elle est une entrée « à l’intérieur » du monde des esprits-maîtres qui possèdent et protègent les animaux de la forêt. Pour Ventura, l’un des habitants d’Avila, quand sa mère est morte elle a « juste abandonné sa peau » quand elle est partie dans le monde des esprits et cette peau est ce qui reste à ses enfants pour l’enterrer.

Le langage trans-espèces et sa fonction dans les rêves :

Le langage trans-espèces,  l’auteur le considère comme un pidgin dans la mesure où il se caractérise par une structure grammaticale réduite et où, d’autre part, il apparaît aussi dans les contacts coloniaux ; et, nous dit l’auteur, les relations  entre chiens et humains sont entremêlées aux liens entre les Runas et les Blancs, cette hiérarchie influençant le monde des esprits puisque les pumas, esprits-maîtres sont blancs. Ce pidgin est constitué de sons proférés par les humains à l’image de ceux, interprétés, des chiens. Ainsi, quand un chien, en dormant, profère  le son « cuai »  il signale qu’un jaguar le tuera le lendemain car c’est ainsi que crient les chiens attaqués par un félin. Les humains utiliseront ensuite ce son, éventuellement. C’est pourquoi les Runas sont attentifs aux rêves des chiens et les interprètent littéralement alors qu’ils lisent métaphoriquement leurs propres rêves: si un rêveur voit un puma, l’image- puma  du rêveur est l’esprit-puma maître de l’animal auquel le rêveur rend visite et ce que le rêveur voit, dès lors n’est pas ce qu’un humain voit d’ordinaire : il voit ce que voit l’esprit auquel, par l’intermédiaire de son rêve il rend visite. Ce rêve est dès lors conçu comme un présage. L’esprit-maître annonce ce qu’il en sera de la chasse du lendemain. L’interprétation quotidienne des rêves est donc fondamentale pour orienter la vie quotidienne, l’activité de la chasse par exemple ou le lien avec la forêt, les bénéfices à en tirer ou les dangers qu’elle représente.

Le monde des esprits-maîtres et le futur vivant

Toute sémiose, ainsi que l’a montré l’auteur, créant un futur potentiel par l’enchaînement des signes qui font émerger une pensée qui débouche sur une autre, l’on comprend que pour les Runas, avoir un pied dans  le monde des esprits, en particulier par l’intermédiaire des rêves est essentiel pour accéder à ce futur éventuel, réservoir de ce qui n’est pas encore là. Futur vivant en ce qu’il impacte la vie concrète de la population runa, en particulier la chasse et donc la mort donnée à un autre « soi ». La forêt est  hantée de tous les morts qui rendent la vie possible. Et l’on y trouve aussi bien des images de colonisateurs qui ont joué un rôle dans le passé, patrons blancs, policiers, prêtres italiens, ancêtres, que celles des esprits-maîtres des animaux, les unes influençant les autres puisque l’esprit-maître du jaguar est un puma blanc. Ce domaine des maîtres abrite les spectres du passé mais il est aussi le produit des multiples futurs créés par la forêt.
Le puma, en particulier, que l’auteur, on l’a vu, évoque comme une sorte de sphinx en ce qu’il fait lien entre l’humain et quelque part au-delà, joue là un rôle essentiel. Vivre  et se conduire dans la perspective d’un « devenir puma » est considéré par les Runas comme un signe de maturité. Et il arrive aux Runas de rencontrer dans la forêt des jaguars  runas, (jaguar étant le terme plus spécifique, puma insistant sur la fonction de prédateur du jaguar). Et l’auteur revient à ce propos sur la question de la mort, faisant une différence  entre tuer une relation, autrement dit mettre à mort une sémiose et tuer un autre « soi », ici un animal. Il précise : « Tuer peut parfois permettre une sorte de relation […] Les  Runas entretiennent des relations intimes avec la forêt et avec cette animéité qui enchante le monde parce qu’ils tuent-parce que c’est ainsi qu’ils prennent part  à la grande écologie des « sois » Et il a écrit ailleurs : «  En envisageant  le domaine des maîtres logés dans les profondeurs des forêts autour d’Avilà comme un réel émergent, j’espère redécouvrir l’enchantement du monde. Le monde est animé que nous soyons ou non animistes. Il est rempli de « sois », humains et autres- j’irai même jusqu’à dire d’âmes. Et il n’est pas seulement situé dans l’ici et maintenant ou dans le passé mais dans un être in futuro, un futur vivant potentiel. C’est un enchevêtrement spécifique d’âmes humaines et non humaines qui crée le domaine enchanté des esprits-maîtres dans les forêts autour d’Avila »

Il n’est possible de donner de cet ouvrage très exigeant et qui fut sans doute compliqué à traduire, qu’un aperçu fragmentaire. M’y intéressant,  j’avais pensé y trouver aussi des analyses concernant les végétaux  comme dans « Un an dans la vie d’une forêt »  auquel j’ai consacré en juin 2016 un texte sur ce blog, ou dans « La vie des plantes. Une métaphysique du mélange », de Emmanuele Coccia que j’ai eu un vif plaisir à découvrir.
Il n’en reste pas moins qu’à le lire, mon regard sur la réalité a été modifié et plus grand ouvert sur une pensée qui pourrait faire brèche à l’anthropocène et j’apprécie, sur ce point  les dernières lignes de l’auteur : « En cherchant des moyens  d’ouvrir notre pensée aux pensées vivantes, aux sois et aux âmes, aux nombreux esprits de la forêt […], j’ai voulu dire quelque chose de concret sur quelque chose de général. J’ai voulu dire quelque chose d’un général qui se fait sentir en nous « ici » en même temps qu’il s’étend au-delà de nous, « là-bas ». Ouvrir notre pensée de cette façon pourrait nous permettre de réaliser  un plus grand Nous- un Nous qui ne prospérerait pas seulement dans nos vies, mais aussi dans les vies de ceux qui vivent au-delà de nous. Ce serait là notre don, si modeste qu’il soit, au futur vivant ».
NC

Peinture : Annick Servant « Einfall » (Incidence)

4 commentaires:

r.t a dit…

Cette pensée est-elle sylvestre ? Est-elle de source ou de bois ?
Entre la pensée fluide comme la sève et le félin, comme la feuille et le vent, comme l'appétit et les passions et la pensée de structure, celle qui tente de comprendre, de contenir et d'immobiliser... Je m'interroge.

Noëlle Combet a dit…

Merci René pour ton passage et ta question. Pour ma part, ne pouvant te faire écho que de là où je suis, sans plus m'interroger, je vais et viens et glane entre les pensées qui me font signe...Et pour moi, une pensée qui un temps se structure avant de rebondir, n'est ni compréhension, ni contention, ni immobilisation, au contraire. Elle est cadre provisoirement adopté impliquant son hors cadre ou né de lui, ou le créant. Peut-on concevoir une pensée hors structure? Déjà nos structures psychiques en sont un démenti...Ensuite, à chacun d'aller au gré. Entre poésie, philosophie, psychanalyse et questions sociopolitiques, je vais au mien sans aucunement dissocier pensée fluide et pensée rassembleuse qui peut me passionner autant que tout mouvement lyrique. Aucune généralité ne me semble concevable, ni là ni nulle part ailleurs. C'est la singularité qui m'intéresse tant dans ses élans subjectifs et poétiques que dans ses concepts qui me sont outils pour aller de l'avant selon mes choix que j'aime aussi partager en écoutant les contrechants.Alors un grand merci encore et bel été.

Hue Lanlan a dit…

je ne peux qu'associer à partir de ce texte et je vous le livre en toute confiance : l'animisme et toutes ces pensées proches de la nature, natura rerum, natura naturans,pacifie de mon point de vue le rapport à la vie, à la mort, à leurs mouvements avec nos représentations ; sans doute est-ce pour cela qu'elles sont "remerciables" car elles nous humanisent nous naturalisent et font peut être accepter et dire notre destin de finitude avec les pauvres mots qui nous traversent. Etre là où l'on est en toute confiance auprès de ceux qui cohabitent sur le chemin. Icône rurale nature en vie en ses buissons langagiers.

Belle journée chère Noëlle

Noëlle Combet a dit…

Oui Huê, natura naturans... et la "paisibilité" qu'offrent ces représentations nées d'un animisme très singulier, très large; c'est baume au cœur et je suis heureuse de vous rencontrer sur ce ces chemins-là que je parcours depuis hier soir à vos côtés...là où les représentations excèdent les mots, les outrepassent, les faisant exploser comme lorsque, entre les dents, on provoque l'éclatement des pépins d'une grenade; on en reçoit le jus pourpre et amèrement délicieux...Je lis et relis votre dernière phrase phase avec la pensée sylvestre. Merci d'être proche comme un paysage familier.