mercredi 11 octobre 2017

Zone diaphane







Un soir, elle a vu la rivière poissonner des mélancolies ; se sont prises aux fils des nasses et de tes songes. Ne les vois-tu ? Sombres éclats imperceptibles,  là-bas, dans les carrelets, à l’écart, au-delà de la zone diaphane où tu te tiens entre visible et invisible conjugués, échelonnés par degrés indécis, de l’herbe infime et de l’intime aux grappes de  lunes  pleuvant sur le monde une étrange lumière.

Et dans les lointains, les doigts en suspens effleurent de ballade riveraine un piano sirène. Ne l’entends-tu ? Fugues effilochées à flanc de fleuve médian
où cailloux jeter
 entrouvrant sur l’onde
 regards ricochés
dans le bris des mots mais

 Trait perpendiculaire
 libellule en vol a fait sillon de l’air
nc


Photo : « La rivière » au port de By  (« La rivière » est le nom usuel donné, dans le Médoc, au fleuve  girondin où se rejoignent la Garonne et la Dordogne)

4 commentaires:

Hue Lanlan a dit…

magnifique ! que les mots en poésie peuvent aider à être au monde, sonorités lallations de l'autre langue rivière souterraine au tréfonds du fleuve et pour la libellule en son trait perpendiculaire cette réponse matinale du papillon :
"une journée sans un mot
j'ai montré
l'ombre d'un papillon"
de Hôsai ;-)

si belle journée à vous chère Noëlle

Noëlle Combet a dit…

Grand merci chère Huê et une infinité de fois "oui": l"autre langue" en tant que moyen d'"être au monde" ...même pas un moyen à vrai dire, mais un mode. Écrivant ce texte, j'y ai senti passer le souffle de nos échanges. Je vous le dédie donc et reçois avec
bonheur l'ombre du papillon :-)
Très belle journée aussi.

r.t a dit…

Je me laisse suspendre dans cette photo toute de lumière filtrée par la brume et les nuages, devenant échassier aussi avec les échafaudages de bois et de filets que les hommes dressent pour imiter les sveltes oiseaux pêcheurs. J'aime cette compagnie d'espace et d'eau, de pierre, de lichens, de maigres végétaux et d'horizon tracé au fin pinceau, et puis je sens aussi la libellule brusque qui prend congé. Je n'entends nul bruit.
Et puis me mets, moi aussi, à clapoter dans les mots pour te répondre.

Noëlle Combet a dit…

J'accueille, avec bonheur ta visite d'échassier clapotant dans les mots. J'aime aussi beaucoup ces rives de "la rivière" et l'humble regard qu'elle appelle. En face, sur l'autre rive, ici lointaine, elle a offert l'espace du film "moderato cantabile". De la rivière, la libellule ne veut emporter que la joie, celle de ta présence ici. Belle journée, René.