jeudi 3 janvier 2019

Et pourtant


N’est-ce  aussi pesanteur, embarras, douleur en joie d’écrire ;  chercher l’allègement dans l’affluence des mots,  leur gravité, leur ressassement ?

Et pourtant

le vent du matin glisse et coule le long du peuplier

qui borde la fenêtre en caresse sonore 

bruit d’eau

et les fleurs éclosent au ventre de la terre



Et pourtant

le vent du soir glisse et coule en  mes doigts enraidis qui voudraient le saisir, implorants ,

tendus vers son frisson d’hiver.

Dans son tremblement qui agite les feuilles jaunissantes de l’arbre, une année succède à l’autre ; à son tour, deviendra caduque comme mots et images s’enchaînant en mailles tricotées, se détricotant .

Erosion des fleurs au dos de la terre.



Un pigeon clair dans le lointain ? Non, une tache de lumière. Il a plu ; le monde semble né ce matin, lavé, luisant comme un miroir ;

Et pourtant

n’est-ce aussi pesanteur, embarras, douleur en joie d’écrire ?



nc


12 commentaires:

Hue Lanlan a dit…

et pourtant et pourtant...
froidures étoilées
matin du monde
encore aujourd'hui
Belle journée à vous !

Noëlle Combet a dit…

Oui, pourtant...chaque matin du monde ajoute sa perle au collier des jours. Merci Huê pour cet écho poétique et belle journée à vous aussi. Ici, le soleil est au rendez-vous!

Vincent Lefèvre a dit…

Bonjour Noëlle.

Comme je lirais de même, avec un même plaisir, une même émotion, forme de l'intelligence sensible du monde (c'est-à-dire poétique), un certain Ph. J. Insatiablement.

Belle journée à toi. (… à dire par ailleurs, et je dirai bientôt).

Noëlle Combet a dit…

Oui, Philippe Jaccottet "L'encre serait de l'ombre"...Merci pour ta lecture et ce rapprochement qui me rend confuse.. J'attends ton "dire par ailleurs". Bonne soirée à toi.

Vincent Lefèvre a dit…

Je ne sais trop pourquoi, ceci qui me revient, alors que je me mettais en quête d'un autre sens, relisant Ph. J.

Y aurait-il des choses qui habitent les mots
plus volontiers, et qui s'accordent avec eux
— ces moments de bonheur qu'on retrouve dans les poèmes
avec bonheur, une lumière qui franchit les mots
comme en les effaçant — et d'autres choses
qui se cabrent contre eux, les altèrent, qui les détruisent :


comme si la parole rejetait la mort,
ou plutôt, que la mort fît pourrir
même les mots ?


Chant d'en bas, Parler.

Ce n'étais pas exactement là où je souhaitais en venir…, pourtant…

Noëlle Combet a dit…

"La lumière qui franchit les mots comme en les effaçant". Cela me parle au plus profond et fait écho à mon précédent poème "ombre mot"...
Quant à la mort, elle manque d'r dans le mot!! Je ne sais plus qui a fait cette trouvaille!!

Vincent Lefèvre a dit…

Oh, la mort ne manque ni d' 'r', ni d'air, et pourtant elle nous étouffe ! C'est Starobinski qui écrivait à propos de Montaigne : L’œuvre écrite, mode vicariant de notre existence, trace destinée à nous survivre, extériorise la vie et intériorise la mort.

Noëlle Combet a dit…

Tout est dit...Superbe Starobinski! Merci à toi pour cette parole de vérité.

Vincent Lefèvre a dit…

Si cela intéresse, je renvoie à l'intégralité de la page de Jean Starobinski - extraite de l'incontournable Montaigne en mouvement - que j'ai publiée, il y a déjà longtemps, dans un article de blogue : Ce qu'écrire veut dire [Jean Starobinski / Michel de Montaigne]

Noëlle Combet a dit…

Oh, merci, Vincent. Je sais de longue date qu'écrire c'est s'exposer, se perdre, mourir un peu mais Starobinski l'écrit si bien! Il m'arrive de me demander quand je renâcle à écrire, s'il n'y a pas là, un refus de la mort à laquelle, par ailleurs, je me prépare assez sereinement dans l'idée qu'elle libère (je ne pense pas qu'elle nous étouffe, sinon dans notre imaginaire).

Mais l'on peut dire en même temps que le vide en l'absence d'écriture, est aussi façon de s'y préparer. Bref, c'est selon chacun et selon les moments.

Thami Benkirane a dit…

Superbement à la jonction entre légèreté et gravité!
Bonne fin de soirée chal-heureuse!

Noëlle Combet a dit…

Oui, c'est bien cette jonction/limite qui m'occupe, interface, interstice, intertissage; ce "pourtant" est le pivot de la bascule pendulaire.
Merci Thami; belle journée lumineuse à toi.