mercredi 20 mars 2019

Transspirales


Giboulée jaune s’attardait sur les mimosas
et maintenant jonche le sol de sa rouille.
La terre au-dessous
tressaille, exulte,
transpire sèves et bourgeons accordés à son souffle ; l’hiver s’achève malgré les hoquets du vent ventriloquant voulant le prolonger.
Et nos vies giboulent, riboulent, croissants de douceur des jours, croissants de lune des nuits à consoler les intempéries et autres désespoirs planétaires ponctués de larmes et de cris.
Gibouleuses, nos vies
bon an mal an
tracent spirales traversières se déroulant en ouverture de cercles,
de l’un à l’autre
de nos deux infinis.
 

nc

 

mercredi 6 mars 2019

Cosmoses


Répondant à l'appel du soleil, l'arbre avait ouvert sur la  hauteur de son tronc, une large fente. Je me suis dirigée, comme aimantée, vers cette embrasure où, vous tenant sur le seuil, vous m’invitiez. 
Dans cette bouche d'ombre où, à mon tour, je me suis coulée, nous avons fait bien commun des beautés dont nous avions été glaneurs assoiffés.
  
C'étaient, voix dissemblables qui là, s'assemblaient, unisson des dissonances, sons et couleurs mêlés, lettres entretissées avec l'écorce, dessins énigmatiques, mystérieuses calligraphies, visions d'humanité cheminant dans des quartiers citadins d’ombre lumière ou escaladant dunes à l’infini, au rythme lent du pas, à l'amble de souffles vastes comme l'horizon, dans un entrelacs avec les forêts, les sables rougeoyants, les ciels, les eaux, les plantes et les oiseaux messagers ouvrant en éventail, sur leur dos, les ailes de leurs chants  C’était  la marche lente  des uns et des autres, traçant leur voie,  leur regard incrédule sur le labeur, la haine et l’amour, c’était la lecture sous un arbre et des messages s’entrecroisant. C'étaient parfums indéfinissables, rêves insensés, merveilleuses ambiguïtés tramant tapis héraclitéen. 

Des affinités secrètes, ultrasensibles, dans une intimité avec les lointains, les outre mondes, faisaient vibrer la lumière dans les ombres, les flaques moirées, la mousseline des brouillards. En cet espace habité par des absences, les chevreaux stellaires d’un troupeau s’exaltaient de leurs bonds à ressort et, sur une feuille solitaire, un escargot avait posé sa spirale cosmique.  Le vent léger, le vent de presque rien, soufflait sur la neige des traces qui allaient s’effaçant.

C’était l'instant paradoxal d'un éternel présent en ce matin du monde, tiède et frais : s’y levait, comme  en chaque commencement, la multiple et singulière première aube. 
nc



 Hilma af Klint au musée Guggenheim