lundi 16 septembre 2019

Le dessous des choses 2; boucles destinales





La bataille de l’Ebre

Son évocation insiste comme un leitmotiv dans les pensées de Hugh. Yvonne et Firmin tournent souvent en dérision son idéalisme d’anarchiste. Pourtant, lui seul se sent coupable de ne pas respecter la maxime inscrite sur la maison de Jacques Laruelle, producteur de films, ami de Geoffroy Firmin : « no se puede vivir sin amar ». Jacques voudrait changer le monde par le cinéma. Hugh voudrait, lui, le modifier par ses actes et ses engagements, en particulier dans la guerre civile espagnole qu’il n’a pas rejointe assez tôt. Il se reproche ses atermoiements,  ses lâchetés, ses manquements à l’amour des autres, sa non intervention auprès de l’Indien mourant au bord du chemin et que personne n’a secouru. Ses options sont jugées ridicules par son demi frère Firmin : « Pauvre vieux, il porte un front vraiment très populaire ces jours-ci [...] Et Dieu seul sait comment finira sa petite démangeaison romantique ». Pourtant, s’il y a un espoir dans le roman, c’est Hugh qui en est le messager. Il voudrait aider le consul et lui a, à cette fin, proposé l’emploi de la strychnine. En vain ; le consul l’absorbe mélangée à ses alcool. Il voudrait aussi aider le couple mais il a le sentiment d’être là comme un intrus, ce qu’il est quelque peu. Tout au long du quatrième chapitre, il accompagne Yvonne dans sa rêverie d’un avenir apaisé et heureux.

Il voudrait aussi aider l’Espagne et, avec elle l’humanité. L’Ebre et ce qui s’y joue en cette année 1938, devient le nom de ce désir parfois hésitant. Au chapitre six, au cœur de ce roman qui en compte douze, on trouve l’évocation de l’oscillation du désir : « Ils perdent la bataille de l’Ebre » et, à la page suivante : « Ils gagnent la bataille de l’Ebre ». C’est le soir de cette journée du 2 novembre 1938, dont chaque heure est évoquée en un chapitre à partit du second, que Hugh doit quitter Quauhnahuac. L’offensive républicaine pendant la bataille de L’Ebre de juillet à novembre 1938 s’est soldée par un échec des forces républicaines le 16 Novembre. C’est ce que pressent Hugh au chapitre huit : Il avait su «  […] en lisant les journaux combien les Gouvernementaux étaient plus proches à cet instant de perdre la bataille de l’Ebre et que le repli total de Modesto n’était plus qu’une question de jours »

Mescal

Mescal résume tout l’alcool qu’absorbe le consul, tequilas, whiskies, bières. Le mescal est le favori, mot de passe pour accéder à cette ivresse qui désoriente le consul, le propulse vers la confusion, les hallucinations. Sa parole se fait titubante mais s’inscrit dans un style saisissant : « Mescal dit le consul. La salle principale du Farolito était déserte. Du miroir derrière le comptoir, qui reflétait aussi la porte ouverte sur la place, sa figure fixait en silence sur lui des yeux pleins d’un pressentiment sévère, familier. L’endroit n’était pourtant pas silencieux. Le remplissait ce tic-tac : le tic-tac de sa montre, de son cœur, de sa conscience, d’une horloge quelque part. » Les premières gorgées s’accompagnent de  visions  subliminales somptueuses mais se métamorphosant ensuite en impressions terrifiantes. Il sait par ailleurs que  l’amour ne pourrait renaître entre Yvonne et lui, que s’il renonçait à boire. C’est ce qu’il tente, en vain en entrecoupant ses beuveries de la strychnine que lui a conseillée Hugh, mais l’emprise du mescal est trop forte et le monde auquel il ouvre dans un premier temps, trop fascinant ainsi qu’il essaie de l’expliquer à Yvonne : «’’ Comment, à moins de boire comme moi, peux-tu espérer saisir la beauté d’une vieille de Tarasco qui joue aux dominos à sept heures du matin’’ ?Et c’était vrai, c’était presque de la magie, il y avait dans la salle quelqu’un d’autre qu’elle n’avait pas remarqué jusqu’à ce que le consul, sans un mot, regardât derrière eux. »

Mescal, magie. C’est que l’ivresse n’est pas seulement de boisson, elle est aussi de savoir, ce à quoi nous renvoie toute la quête ésotérique du consul, à l’image de celle de Malcolm Lowry qui, dans la préface, évoque la Kabbale juive : «  Dans la kabbale juive, l’abus des pouvoirs magiques est comparé à l’ivresse ou à l’abus de vin […] et William James, sinon Freud pourrait être d’accord avec moi quand j’affirme que les agonies de l’ivrogne trouvent une très exacte similitude dans les agonies du mystique qui a abusé de ses pouvoirs. Ici, le consul a mélangé toute l’affaire d’une façon magnifiquement ivre : au Mexique, le mescal est une boisson du tonnerre de Dieu [….]. » Outre la Kabbale, la bibliothèque du consul renferme de nombreux autres ouvrages ésotérique, de physique, d’astrologie ou de magie. Vingt quatre lignes sont consacrées à leur décompte au chapitre six. Ces ouvrages traitent de quêtes très diverses. Un passage du livre évoque Bouddha  et quand le consul évoque un oiseau volant d’une aile, comment ne pas penser à cet énigmatique koan zen interrogeant le fait d’applaudir d’une main ? Avec le mescal, c’est une sorte d’illumination qui est recherchée « Peut-être parce qu’il buvait non de l’eau mais de la légèreté et de la promesse de légèreté-comment pouvait-il  boire de la promesse de légèreté ? Peut-être parce qu’il buvait non de l’eau, mais de la certitude de clarté- comment pouvait-il boire de la certitude de clarté ? Certitude de clarté, promesse de légèreté, de lumière, et encore, de lumière légère, lumière, lumière, lumière ! » Ce qu’il ne voit pas, c’est que la lumière éclaire l’intériorité d’Yvonne.

Constatant que Malcolm Lowry n’étant pas moins buveur ni féru d’ésotérisme, ni désespéré que Geoffroy Firmin, j’ai pensé à cette notion d’ « horizon d’attente » énoncée par Gadamer dans son dialogue avec Derrida, en tant qu’élément essentiel de l’écriture/lecture. Il me semble que l’horizon d’attente de cette époque était dessiné par la mystique. Ici, cette quête est désespérée en raison de son intrication avec le religieux et donc l’ivresse de savoir est un abus, une faute à expier d’où les nombreuses images de crucifixion dans cet ouvrage et les références au Faust de Marlowe ou de Goethe, Faust qui a troqué son âme avec Satan contre la toute puissance. Du côté de Musil et de « L’homme sans qualités », la mystique est laïque, mystique diurne, bien plus légère. Chez les deux auteurs, s’y mêlent des images sociopolitiques, l’espoir d’une humanité nouvelle. Et l’on peut se dire que si de tels ouvrages gardent un caractère de modernité, c’est que notre temps est, lui aussi, en quête d’états extatiques et d’espoir d’une société différente. « Ne voit-on pas, écrit Max Pol – Fouchet dans la postface, à lire nos grands contemporains, que la volonté de puissance a cédé  à une volonté d’extase ? Rarement l’extase fut plus héroïquement poursuivie que par le consul Geoffroy Firmin ». On peut penser que l’héroïsme ici vient de l’imbrication de la quête avec la religion qui  fait de cette quête un péché. Cet héroïsme ne serait-il pas superflu hors d’un climat religieux ?

La roue Ferris

La ville de Quauhnahuac est surplombée par deux volcans, le Popocatepetl et l’Ixtaccihuatl  mais ce 2 novembre, jour des morts, et donc jour de fête au Mexique, est consacré à de nombreux jeux et animations. Outre les volcans un manège de foire occupe l’espace : il s’agit de la roue de Ferris qui, elle aussi, se découpe contre le ciel, et se voit de tous côtés : « Le consul considérait rêveusement la Grande Roue qui se dressait près d’eux, immense, mais ressemblait à un énorme jouet d’enfant, à une construction de Meccano ; ce soir, elle serait illuminée, ses bras d’acier pris dans le pathos émeraude des arbres ; la roue de la loi qui tourne ; et l’on ne pouvait s’empêcher de penser aussi que le carnaval ne battait pas encore son plein ». Ivre et titubant, le consul se dirige vers elle, comme fasciné et lit : « BRAVA ATRACTION ! 10 C. MAQUINA INFERNAL » et il la voit à ce moment-là comme « quelque énorme esprit du mal dans son enfer solitaire ». Machinalement, il paie et monte sur le manège qui se bloque alors qu’il est suspendu à l’envers au sommet, puis la roue se met à tourner en sens contraire. Pendant ce tour arrière tout tombe de ses poches à chaque tourbillon, La machine, bloquée alors qu’il lui semble « que cela durerait jusqu’à l’éternité », se remet en marche et il retrouve le sol où il a du mal à marcher droit. Cette scène rappelle des images ésotériques, celles du tarot par exemple, « la roue de fortune » et « le pendu »  qui se trouve la tête en bas.

« Cette roue, nous dit Malcolm Lowry dans sa préface, c’est la roue Ferris dressée au milieu du square, mais c’est aussi, si vous voulez, beaucoup d’autres choses : la roue de la loi, la roue de Bouddha, c’est aussi l’éternité, le symbole de l’éternel retour. Cette roue qui indique la forme même du livre, peut être considérée aussi et d’une manière évidemment cinématographique, comme la roue du Temps qui se met à tourner en sens inverse jusqu’à ce que nous atteignions l’année précédente. Car le début du deuxième chapitre nous ramène au jour des morts une année auparavant, en novembre 1938 » Le premier chapitre, en effet couvre le 2 novembre 1939.

Cercle clos ou cercles se déroulant en pyramide, ascendante pour Yvonne, déclinante pour le consul ? Une structure métastable de tourbillon temporel, un typhon au centre duquel le lecteur accompagnerait tantôt l’un, tantôt l’autre des personnages. La ligne courbe est à l’image de nos trajectoires. Nous ne prenons qu’illusoirement une voie linéaire différente de la précédente : nos cheminements sont, sinon à l’image du cercle, du moins à celle de tours et retours d’une spirale.

(à suivre)
nc 

mercredi 4 septembre 2019

Le dessous des choses 1 la dissémination









Quand j’ai ouvert à nouveau « Au-dessous du volcan » de Malcolm Lowry, j’ai  entendu cette phrase rencontrée dans un article de presse: « Un grand livre résiste à la lecture ».

J’avais lu cette œuvre pour la première fois il y a une quarantaine d’année, en étais restée comme médusée, sous une  sorte d’emprise. La stupéfaction m’avait laissée muette et c’est sans doute cette persistante impression qui m’y fit revenir.

C’est un texte qui échappe et je comprends mieux aujourd’hui que sa fonction est d’échapper car il est constitué de plis multiples : un pli, un roman, un autre pli, un autre roman ou un autre sujet et cela comme à l’infini : on ne peut complètement le déplier : une vie à le lire tous les jours n’y suffirait pas. Et puis pas vraiment des plis en réalité, ni même ce que suggère Malcolm Lowry dans sa préface, un empilement de boites gigognes. Ce qu’il m’en reste est moins structuré ou s’écrit en contre-point de ces structures. Ce sont gerbes de lumière naissant les unes des autres, gigantesques fleurs astrales comme d’un feu d’artifice cosmique. On en reçoit des éclats qui viennent tatouer le plus intime de notre chair, et de cette œuvre qui restera m’échappant encore et encore, je ne puis évoquer que quelques fulgurances.



Déjà, la despedida



Au deuxième chapitre, le jour des morts, le 2 novembre 1938, Yvonne , qui a quitté, l’année précédente, le consul Geoffroy Firmin parce qu’elle ne supportait plus ses excès d’alcool, tente de revenir par surprise à Quauhnahuac, petite ville du Mexique où il est resté vivre Dès la rencontre au bar de l’hôtel du Bella vista, où tout à coup, elle réapparaît, elle est contradictoirement submergée d’angoisse et d’espoir. Tous deux sont encore très amoureux mais le consul est détruit par l’alcool, déjà ivre dès l’arrivée d’Yvonne. Le couple se dirige vers leur maison où le demi frère du consul, Hugh est venu habiter provisoirement, première déception pour la jeune femme, puisque leur intimité en sera compromise. Ils font halte devant une vitrine restée apparemment la même qu’avant le départ d’Yvonne : faire-part de mariage, photos mais là au milieu, un nouvel élément : un agrandissement visant à reproduire la désintégration d’un dépôt glaciaire de la sierra Madre, bloc rocheux fendu en deux par des incendies. Ironie des contrastes : images de couples et au milieu, cette reproduction intitulée « La Despedida » (la séparation). Yvonne  ne parvient pas à vivre cette désintégration comme inexorable. « Elle  était l’un des rochers et languissait du désir de sauver l’autre ». « Tout cela est fort bien disait-il, mais cela est de ta faute, et quant à moi, j’entends me désintégrer à mon aise. »

Despedida, désunion, faute majeure dans cette œuvre nourrie d’ésotérisme et d’œuvres mystiques, entre autres et  en particulier la Kabbale à laquelle il est fait référence en plusieurs occurrences. Le défaut d’amour est, selon la Kabbale, l’erreur capitale et celle du couple ici est à l’image de celle de l’humanité. Dans l’un des épisodes, l’on ne porte pas secours à un Indien sans doute mourant au bord d’une route. Et le contexte, celui de la guerre est l’occasion d’évoquer un acte barbare du consul. La désunion du couple préfigure toutes les monstruosités sociales et les guerres. Sans doute est-ce pourquoi le livre conserve un aspect de modernité : il traverse le temps et cette despedida fait penser à un tableau de Miro consacré à la guerre d’Espagne, « Homme et femme devant un tas d’excréments ». On y voit  deux formes géantes d’un rouge agressif dont les bras et les mains tentent en vain de se rejoindre : désunion du couple et, corollairement manque d’amour dans l’humanité en général, d’où la violence, les guerres, les lâchetés comme, encore, dans notre actualité quand on laisse les migrants dériver sur des bateaux que des pays refusent d’accueillir ou, quand les aider est assimilable à un délit. « Despedida » ; désunion !

Les monologues intérieurs parallèles viennent, dans le style, renforcer cette image d’incommunication. Ainsi, au moment du spectacle dans l’arène de Tomalin, nous sommes sur quatre scènes en même temps : le jeu du public et du taureau, les rêves d’yvonne  revenant sur son passé et aspirant à l’impossible amour, les pensées de Hugh préoccupé par le nombre restant de ses cigarettes, les visions du consul pour qui le taureau est tour à tour son ennemi ou un tendre animal qu’il peut caresser.

La littérature moderne se souviendra de ce procédé des monologues intérieurs simultanés aux antipodes les uns des autres, avec Laurent Mauvinier entre autres, en particulier dans son saisissant roman : « Apprendre à finir »



Et puis la barranca



La barranca traverse le roman comme le tissu géologique, sorte de despedita élargie. Entre les deux volcans, le Popocatepetl (le guerrier amoureux) et l’Itzaccihuatl (la femme endormie), la faille fend le paysage. Tantôt on la longe, tantôt on la traverse par des ponts. Simplement nommée ou évoquée dans le premier chapitre comme un « ravin profond », elle apparaît, beaucoup plus inquiétante et insistante au fil du texte. On sait, au troisième chapitre, qu’on y jette des cadavres d’animaux. Au quatrième chapitre, on la voit, en la traversant, avec ses arbres au flanc : « les cimes poussaient sur la descente du ravin, masquant de leur feuillage la chute formidable ». Elle est évoquée au cinquième chapitre dans une « vision » du consul comme ayant un rôle d’ « universel Tartare et de gigantesques latrines ». L’attrait de la mort ressenti par le consul s’exprime ici dans son invocation : « Gouffre géant que tu es, cormoran insatiable, ne te ris pas de moi quoique je semble impatient de tomber dans ta gueule ». Au chapitre huit, elle est vue d’un autobus : « Les bords escarpés étaient couverts d’immondices qui s’accrochaient aux buissons. En se tournant, Hugh vit un chien mort, tout au fond, tapi dans les ordures ; des os blancs se montraient à travers la carcasse ». Au douzième chapitre, elle est de nouveau associée au Tartare que les anciens localisaient sous l’Etna, et l’expression « au-dessous du volcan » apparaît pour la première fois. Lorsque le consul agonisant y est jeté, il s’imagine tout d’abord faire l’ascension du Popocatepetl « ruisselant de lumière sous sa huppe de neige émeraude » Mais ce n’est pas une ascension et quand il le comprend, il se met à hurler dans la compassion des arbres comme resserrés autour de lui. « Quelqu’un jeta un chien mort après lui dans le ravin ».  Le consul, trop persuadé de l’abjection de l’humanité et de sa propre déchéance, ne peut retrouver une dignité, que dans  la mort voulue en une sorte d’assomption inversée, celle de cette mort-là, celle à laquelle il a aspiré, au plus profond de la faille.



Oaxaca



Ce mot est bien plus que le nom d’une ville. Il est celui de la souffrance, individuelle et sociale, terme si surdéterminé que l’on pense à son propos au mode de lecture préconisé par Derrida ainsi qu’à sa à sa conception de la dissémination, notions qu’il a élaborées tout au long de sa vie, les reprenant dans son dialogue (in)interrompu avec Gadamer : un mode de lecture herméneutique tel qu’il invite à chercher, dans les interprétations, ce qui se dit derrière ce qui est énoncé, et Oaxaca évoque la dissémination, c'est-à-dire la multiplicité des interprétations qui  « empêche la formalisation sans reste de la signification ».

Oaxaca est ici tout d’abord le nom du lieu où Yvonne et Geoffroy ont vécu des moments amoureux intenses mais c’est là aussi qu’ils se sont séparés dans la douleur et la violence. Ce nom qui apparaît en de nombreuses occurrences est lié à la blessure. Ainsi Geoffroy Firmin écrit-il dans une lettre qu’il n’enverra pas à Yvonne : « Te dirai-je Yvonne […] comment, m’en allant dans ma chambre en l’hôtel où nous fûmes heureux  le bruit d’égorgement en bas dans la cuisine me chassa dans l’éblouissement de la rue, et, plus tard, cette nuit-là, le vautour accroupi dans la cuvette du lavabo ? ».  Les trois syllabes d’Oaxaca renforcent l’effet produit par l’image de la despedita et, selon Yvonne interrogée par Geoffroy sur le souvenir qu’elle en a, « le mot était comme un cœur qui se brise, une soudaine volée de cloches assourdies par grand vent, les dernières syllabes de qui se meurt de soif dans le désert. »

Si on va plus loin, on constate que Malcolm Lowry à travers ce nom de lieu, évoque aussi sa vie car il s’est séparé de sa première femme, l’actrice Jan Gabriel, qui lui a inspiré le personnage d’Yvonne , à Oaxaca. Il l’avait épousée en 1934. Ils se sont séparés en 1937 comme le couple du roman. Elle ne supportait plus les abus d’alcool de Malcolm Lowry qui, ensuite, est resté seul à Oaxaca.

Au-delà des échos autobiographiques, se dessine le thème politique  lié à l’image de Juan Cerillo évoqué par Hugh, le demi-frère de Firmin comme l’un des symboles publics assez rares en Espagne, de l’aide fournie par le Mexique aux républicains. Le sort de Juan est, lui aussi, associé à Oaxaca  « Et à Oaxaca s’étend la terrible Valle Nacional où Juan lui-même, authentique esclave, à sept ans, avait vu battre à mort son frère plus âgé et un autre, acheté quarante cinq pesos, mourir de faim en sept mois parce que cela coûtait moins cher à son propriétaire d’acheter un autre esclave que de tuer simplement de travail en un an un seul esclave mieux nourri. Tout ceci avait nom Porfirio Diaz : des rurales partout, des jefes politicos et l’assassinat, l’extirpation des institutions politiques libérales, l’armée engin de massacre, instrument d’exil. » C’est à Oaxaca qu’est né en 1830 Porfirio Diaz à qui succèderont après la révolution mexicaine de 1911 d’autres dictatures dont celle du général Huerta qu’Yvonne évoque dans ses derniers moments.

L’on peut suivre encore avec Oaxaca comme avec d’autres mots du livre, les multiples pistes de la dissémination.

(à suivre)
nc