lundi 18 novembre 2019

La simple expression



Moutons en procession d’incessante transhumance ou nuages neigeux, allant, venant,  t’informant, déformant, transformant,  pensées glissent dans tes lointains. Point ne veux aujourd’hui les retenir, les capter, les figer, point ne veux dé-montrer. Qu’elles aillent,  gambadant, furtives, au gré, vire voltant au vent qui les grise. Nuées pensives filent le ciel, le lissent, le tissent et détissent,  le friselisent, enflent, crèvent faisant pleuvoir des mots

Ne pas raisonner; juste se faire résonnance de ces mots s’aversant en touches sur ta peau tambourinée.  T’appellent leurs phonèmes, te hèlent, s’épellent en ruissellements de  pluies plurielles puis fluviales. Ton être s’en pénètre, se coule dans leur fil, s’en creuse de sillons, traits, couleurs, vibrant,  crayonnant  paysages, visages,  émotions, silences, tandis que vacante, déliée, nonchalante, tu bivouaques  en l’instance de ta plus simple expression

nc

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6 commentaires:

lanlanhue a dit…

l'appel des mots l'accueil des mots et en écho ces mots de maître Dogen :

"Lorsque, sans penser,
Seulement j'écoute
Une goutte de pluie
Au bord du toit,
C'est moi

Tout son qui atteint mon oreille
Est une voix.
Là, à l'instant,
C'est mon ami !
Il n'est rien qui ne me parle."

Noëlle Combet a dit…

Magnifique poème Huê. Merci. Tous les mots m'en semblent très proches et m'y sont mélodie; j'aime particulièrement l'image de la goutte de pluie au bord du toit; elle fait à "la simple expression" écho intime.
Très belle journée à vous Huê.

r.t a dit…

Que voilà un beau mélange, ces "nuées pensives", ces pensées re-bues par l'eau d'où elles sont probablement issues, et retombant sur terre pour assurer le cycle, à la manière des paroles de Rabelais, pleuvant à la faveur du dégel, et faisant notre planète bleue, c'est-à-dire poétique !

Noëlle Combet a dit…

Ici, ce sont les images de mélange et de cycle qui me plaisent. L'évocation de Rabelais y ajoute, en poésie, un zeste de joie. As-tu pensé à un passage particulier de son œuvre?
Un grand merci à toi et bonne journée.

r.t a dit…

Extrait du Quart Livre :
Comment entre les parolles gelées
Pantagruel trouva des motz
de gueule.
Chapitre LVI.
Le pilot feist responce: Seigneur, de rien ne vous effrayez. Icy est le confin de la mer glaciale, sus laquelle feut au commencement de l'hyver dernier passé grosse & felonne bataille, entre les Arismapiens, & le Nephelibates. Lors gelèrent en l'air les parolles & crys des homes & femmes, les chaplis des masses, les hurtys des harnoys, des bardes, les hannissements des chevaulx, & tout effroy de combat. A ceste heure la rigueur de l'hyver passée, advenente la serenité & temperie du bon temps, elles fondent & sont ouyes. Mais en pourrions nous voir quelqu'une. Me soubvient avoir leu que l'orée de la montaigne en laquelle Moses receut la loy des Iuifz le peuple voyoit les voix sensiblement.
Tenez tenez (dist Pantagruel) voyez en cy qui encores ne sont degelées.
Lors nous iecta sus le tillac plènes mains de parolles gelées, & sembloient dragée perlée de diverses couleurs. Nous y veismes des motz de gueule, des motz de sinople, des motz de azur, des motz de sable, des motz dorez. Les quelz estre quelque peu eschauffez entre nos mains fondoient, comme neiges, & les oyons realement. Mais ne les entendions. Car c'estoit languaige Barbare. Exceptez un assez grosset, lequel ayant frère Ian eschauffé entre ses mains feist un son tel que font les chastaignes iectées en la braze sans estre entonmées lors que s'esclatent, & nous feist tous de paour tressaillir.
C'estoit (dist frère Ian) un coup de faulcon en son temps.
Panurge requist Pantagruel luy en donner encores. Pantagruel luy respondit que donner parolles estoit acte des amoureux.
Vendez m'en doncques, disoit Panurge.
C'est acte des advocatz, respondit Pantagruel, vendre parolles. Ie vous vendroys plutost silence & plus chèrement, ainsi que quelque foys la vendit Demosthenes moyennant son argentangine.
Ce nonobstant il en iecta sus le tillac troys ou quatre poignées. Et y veids des parolles bien picquantes, des parolles sanglantes, lesquelles li pilot nous disoit quelques foys retourner on lieu duquel estoient proferées, mais c'estoit la guorge couppée, des parolles horrificques, & aultres assez mal plaisantes à veoir. Les quelles ensemblement fondues ouysmes, hin, hin, hin, hin, his, ticque torche, lorgne, brededin, brededac, frr, frrr, frrr, bou, bou, bou, bou, bou, bou, bou, bou, traccc, trac, trr, trr, trr, trrr, trrrrrr, On, on, on, on ououououon: goth, mathagoth, & ne sçay quels aultres motz barbares, & disoyt que c'estoient vocables du hourt & hannissement des chevaulx à l'heure qu'on chocque, puys en ouysmez d'aultres grosses & rendoient son en degelent, les unes comme de tabours, & fifres, les aultres comme de clerons & trompettes. Croyez que nous y eusmez du passetemps beaucoup. Ie vouloys quelques motz de gueule mettre en reserve dedans de l'huille comme l'on guarde la neige & la glace, & entre du feurre bien nect. Mais Pantagruel ne le voulut: disant estre follie faire reserve de ce dont iamais l'on n'a faulte, & que tousiours on en a main, comme sont motz de gueule entre tous bons & ioyeulx Pantagruelistes. Là Panurge fascha quelque peu frère Ian, & le feist entrer en resverie, car il le vous print au mot, sus l'instant qu'il ne s'en doubtoit mie, & frère Ian menassa de l'en faire repentir en pareille mode que se repentit G. Iousseaulme vendent à son mot le drap au noble Patelin, & advenent qu'il feust marié le prendre aux cornes, comme un veau: puys qu'il l'avoit prins au mot come un hile. Panurge luy feist la babou en signe de derision. Puys s'escria disant. Pleust à Dieu que icy, sans plus avant proceder, i'eusse le mot de la dive Bouteille.

Noëlle Combet a dit…

Merci René; c'est jouissif et je n'avais pas souvenir d'avoir rencontré dans l’œuvre de Rabelais ces "motz de gueule". Ils s'avalanchent ici en grande joie de neige en fusion, s'entrechoquent et se répondent, échos éclats de rire Un régal! Ma journée s'en annonce tout émoustillée!! Je trouve ce texte magnifique et ne manquerai pas de venir m'en repaître souvent.